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Full text of "Leçons de morale [microforme]"

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ICMH 

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CaiMdiin Inst.tuM for Historié*! Microroproductioni / Institut canadien d* microraproductions historiques 






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D 



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This ittm il lilmd at tha raduction ratio diackad balow/ 

Ca docufflant ast filmé au taux da rMuction indiqué ci-dastous. 

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Th« eepv film«d h«r« t\u b—n raproduead th«nh« 
to lh« ganaroaity of: 

National Litorary of Canada 

Tha imaga* ippaaring hara ara tha baat qualiiv 
posaibla coniidaring tha condition and lagibillty 
e« tha original eopy and in liaaping with tha 
tilmlng conwact apacitieationa. 



Original copias in printad papar covar» ara HImad 
baginning with tha Iront covar and anding on 
tha laat paga with a priniad or illu.tratad •'»(>'••- 
■ion. or tha back co»ar whan •PP"»P"««*- *'L. 
othar original copia, ara filmad baginning on tha 
firat paga with a printad or '""•«"'fïJ"'*''!*' 
•ion. and anding on tha laat paga with a printad 
or illuatratad impraaaion. 



Tha laat racordad «rama on aach microficha 
«hall contain tha lymbol -*• ''"••™"8,-S«..,' 
TINUED"). or tha tymbel V (maaning EIMO I. 
whichavar appliaa. 

Mapa, plataa. charta. atc. mav ba •""<•«'•« 
diffarant raduetion ratio.. Thoaa too larga to ba 
antiraly includad in ona aapoaura ara «iinjad 
baginning in tha uppar la« hand cornar. laft to 
right and top to bottom. a. many «rama. a. 
raquirad. Tha «ollowing diagram. itluatrata tha 
mathod: 



L'aaamplaira «Um* lui raproduil gràca i la 
généroaité da: 

Bibllothàqua nAtionala du Canada 

La* imagaa suivanta. ont été raproduiia» avac la 
p!us grand loin, compta tanu da la condition ai 
da la naitaté da l'aaamplaira «ilmé. al an 
eonlormité avac las condition, du contrat da 
«Hmaga. 

Laa aaamplairaa originaux dont la couvartura an 
papiar aat impriméa u>nt «ilmé. an commançant 
par la pramiar plat ai an larminant .oit par la 
darniéra paga qui comporta una amprainia 
d'Impraaaien ou d'Illu.tration. Mit par la .acond 
plat, Mion la caa. Tou. laa auira. aaamplairaa 
originaua .ont «ilmé. an commançant par la 
pramiéra paga qui comporta una «mprainta 
d'Impraaaion ou d'Illu.tration at an tarminant par 
la darniéra paga qui comporta una talla 
amprainta. 

Un daa .ymbolaa uiivanta apparaîtra .ur la 
darniéra imaga da ehaqua microlicha. «alon la 
caa: la .ymbola —^ aignilia "A SUIVRE", la 
■ymbola V .ignilia "FIN". 

La. canaa. plancha., tablaaux. aie, pauvant étra 
«ilméa é da. Uux da réduction di«<érani.. 
Lor.qua la documant aat trop grand pour étra 
raproduit an un .aul cliché, il aat «ilmé é partir 
da l'angla .upériaur gaucha, da gaucha é droita. 
at da haut an ba., an pranant la nombra 
d'imaga. nécawaira. Im diagrammaa tuivani. 
Iliuatrant la méthoda. 



1 


2 


3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



MicRocorr rboiution tbt chait 

(ANSI ond ISO TEST CHABT No. J) 




^ APPLIED IM/1GE ' 

^^ 165J Eost Main SIreel 

yjS Rochestnr, N«w ror* 14609 USA 

jS <^'S) *82 - 0300 - Phone 

^= (716) 2B8- 59S9 -Fax 



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Leçons 



de 



Morale 



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LEÇONS DE MORALE 



DU MÊME AUTEUR 



Histoire de la Philosophie, in-12, 417 pages 

Leçons de logique, in-12, 170 pages 

Leçons de Psycholofie, in-12, 116 pages. 



10.75 
0.60 
0.60 



ASBi aiitiii;r bobbrt 

»orM»Bva nu rNiLMo^ais a b'UiiiTiuiTt LAfAi. 
QUtBEC. 



003544 

Dm JOEr-'H nCHILL«(»; 



LEÇONS 



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MORALE 



-^ 



QUÉBEC 

Imp. de l'AcnoN Sociaix LmnÉi 

103, rue Sointe-Acne. 103 

1915 



"•1 



Permit d'imprimer, 

A.-E. GoMKUN, ptre. 

Sup. Sém., Québec. 



yihil obaiat. 



A.-A. Paquet, pter, 

Censor Designatus. 



Imprimatur, 



t L.-N. Card. Béoin, 

Arch. de Québec. 



Droits réservés, Canada, 1915. 



On. 



-•osrr»n ! 






•«•»<cy, 0, ^ 



LEÇONS DK MOHALE 



INTRODUCTION 



1. Définition de la morale. — La morale e«t la 
leience qui dirige le» acte» libre» de la vclonté dan» la 
recherche de leur fin. Comme la logique la momie est 
une partie de la philosophie pratique. )elle-ci — son 
Dcm l'indique — est l'étude approfondi, ues êtres dont 
nous sommes les auteurs. Or ces êtres, ce sont les 
FCtes de l'intelligerce et de la volonté. Les actes à<i 
l'intelligence, c'est la logique qui s'en occupe. Qua 

à ceux de la volonté libre, ils font l'objet de la morale. ' 

2. La morale est une science pratique. — Une 
science est pratique quand elle fait application des con- 
naissances qu'elle procure et des règles qu'elle formule. 
Or la philosophie morale ne se contente pas d'amener 
l'intelligence à accepter les lois qu'elle énonce et qu'elle 
prouve (rôle de la science spéculative), mais encore, et 
surtout, elle soumet la volont à leur joug, elle l'oblige 
à s'en servir comme d'un guide éclairé, elle lui ordonne 
de les mettre en pratique. Voilà pourquoi la morale 
peut être appelée la science du bien vivre, ou mieux,Ma 
eeience qui enseigne à se conduire honnêtement. 

3. Objet de la morale. — La morale traite des actes 
humains à ce point de vue spécial qu'elle leur fournit 

(1) Ctr. Letou de Logique, pp. 5, 6. 



LEÇONS DE MORALE 

les moyens d'arriver à leur fin. C'est dire que les actes 
humains sont l'objet matériel de la nioralp r 
-.n. de ces .,^es actes, Vol ï ."'Zll p ,rS 
puissent arriver au but en est V objet formel. <■> ^ 

4 Ce que l'on entend par mœurs. - Générale 
anTmanf «'''» ^ans ce sens que l'on parle des mœurs des 

ftonn., .,o,« m<i«rat,e,-ptoô< bonnes -que l'homme 
acqmert par ses actes volontaires et libres. Ausli anoZ 
^n justement la morale. la seience des mJI XtÎ-' 
dire, iasounce des bonnes habitudes de l'homme ou 
encore, éthrque. d'un mot grec qui signifie mZs 

A. Utilité de la morale poub les iNmviDus 

Par LHol et '"Z"*'^''"'* -'«-" «' ^^- *~ 
morale fa t n ^'^^''P*'' scientifiquement établis la 

,. '^7'^*- *^"« '•" ordonne d'éviter le vice et de ora 
bquer la vertu. En lui obéissant les individus mettent 
P us d ordre et de bonté dans leur existence, et par lut 
omolirr"* '"""^""- ^'' -"^ ''°-" le bonheu; 
large part. N est-ce pas elle qui nous rend presque 



(1) Cfr. Levons de Logique, pp. 2. 9. 



INTBODUCTION 3 

toujours heureux ici bas ? Ajoutons qu'elle est aussi K- 
Rage le plus sûr de la flélicité sans ombre de l'autre vie 
« La morale rend les i,idividm plus forts dans In Udle. 
' Il est évident que les convictions solides et bien ap- 
puyées décuplent la puissance de la volonté, l/acconi- 
plissement du devoir coûte toujours, et c'est parce que 
très souvent, nous n'en avons pas une juste notio:i." 
U ou ces atermoiements, ces reculs, ces arrêts dans la 
voie du bien. Or la philosophie morale démontre le 
pourquoi du devoir, elle l'enveloppe comme d'une vive 
lumière qui le présente à la volonté tel qu'il est avec ses 
sacrifices et .ses consolations, mais surtout avec son 
autorité devant laquelle l'homme doit s'incliner. Certes 
le sentiment du devoir ne suffit pas pour conduire 

I homme à la victoire. Au témoignage de l'histoire ce 
sentiment s'est considérablement amoindri dans le 
cours des siècles. Ici et là les pratiques les plus mons- 
trueuses et les plus contradictoires ont été en honneur. 

II faut donc une connaissance précise du devoir, con- 
naissance que peut seule donner la philosophie morale. 

B. Utilité de la .mohai.k polh la sociétk " La 
morale perfectionne la sociHc. La société étant un tout 
formé de parties qui .sont les familles et les individus 
sa perfection dépend donc de celle des unités ,|ui Iti 
composent.. Or la .science morale en faisant mieux 
connaître son devoir à chaque individu l'amène à lutter 
plus efficacement contre ses pa.ssions, à mieux corriger 
ses défauts et. par suite, à marcher plus rapidement 
dans la voie du progrès. La morale est donc un imoni- 
parable agent de perfection pour la société. '-' La 
morale est une source de paix et de franquillité pour la 
société. Ce qui met la société en danger, ce sont les 
erreurs politiques, les utopies .sociales qui courent le 
monde. Ces erreurs, ces utopies proviennent des 



LECOXS DE JIOKALK 

fausses conceptions que l'on a du droit, de la justice 
e du devoir. La vraie définition du droit, de la ustice 
et du devoir, c est la morale qui la fournit. Elle seule 
peut endiguer le flot sans cesse menaçant des doctrines 
qui .sous le couvert d'ordre et de prospérité sont les 
pires ennemis de la paix et de la tranquilité des nations. 

6. Divisions de la morale. - La philosophie mo- 
rale se divKse en deux parties appelées Morale Générale 
et Morale Spéciale. La première partie traite de l'acte 
mora en général sans tenir compte des circonstances 
dans lesquelles se trouve celui qui en est l'auteur. Elle 
énonce les conditions que doit remplir, les règles aux- 
quelles doit se conformer l'acte humain pour être dans 
l ordre, c est-a-dire, pour, pouvoir arriver à sa fin. La 
deuxième partie ne juge pas l'acte en lui-même, mais 
en égard auxsitualions particulières, aux circonstances 
speoales qui 1 accompagnent. Ainsi la Morale Générale 
déclare que 1 aumône est un acte bon et méritoire 
pourvu qu elle soit faite dans un bon but, sans préjudice 
de personne. La Morale Spéciale se demande si telle 
action faite par un tel. dans telle occasion, est conforme 
a la lo, générale qui énonce les conditions requises pour 
la bonté et la malice d'un acte. 



PREMIÈRE PARTIE 



MOBALE GENERALE 



7. Divisions de la morale générale. — La Morale 
Qénérah traite des actes humains en eux-mêmes. Elle 
détermine les différentes causes de leur bonté ou de 
leur malice morale. Or la fin que l'homme se propose 
dans ses actes, son obéissance à la loi morale et aux 
directions de la conscience, la part plus ou moins grande 
de la volonté, voilà autant de causes qui donnent à l'acte 
humain sa moralité. Nous diviserons donc cette pre- 
mière partie en cinq chapitres : La fin des actes humains 
(ch. I), la loi morale (ch. II), la conscience morale (ch. 
III), le volontaire (ch. IV) et la moralité (ch. V). 



CHAPITRE PREMIER 



\ 



La fin des actes humains 

8. Acte humain, acte de l'homme. — L'acte hu- 
main est celui qui est soumis à la direction de la raison 
et au contrôle de la volonté libre. C'est l'acte volontaire, 
libre, moral. L'acte de l'homme est celui qui échappe 
à cette direction et à ce contrôle. C'est l'acte involon- 
taire, nécessaire. Il va sans dire que seul l'acte humain 
est l'objet de la morale. 



« 



LEÇONS DE MORALE 



9. Définition et divisions de la fin - La «„ . » 

ij /• Ir "«""'«'»-"'. rf""-' tendance.» <■) Ce «,!' 
quoi se font les actes humains, ce qui est leur llS 
vers guoi ils tendent, voilà leur fi^ ^ *" ''""'' " 

^i"* ''!|.?.* .^T *"'"' °" »'»'»^rf'a<« lorsqu'elle est un 
moyen d'atteindre une autre fin on! I,.; ♦ ! • 

et à laquelle elle est suLZnl'l^^lf Z^S::^ 

ne«re _ La fin demtere est subjectivement et o6ied«>e- 
me«< dernière. La fin subjectivement dernière est o2 

comme le but suprême de ses tendances. lAn obLcHve 
nière oi.'il ».f Y.*'^\''^ •'^"^ "" oi^ediremeni der- 

uitLT'i'hir '''" '""'•"^ "-^ '•"'•'- -^^ ■'' «" 

tivl?é J'un^èt'rf l'V '''''°- - ^''"' '" '^«- de l'ao- 
tivite d un être la fin est aussi son bien. Celui-ci en 
effet, est ce qui sollicite, ce qui attire. Or la fin e ce 
2' guo^ tend un être dans ses opérations. Elle aLre 

rv^Tui'. """"^ '"'" 'I"' '^ ''•^"' «"« »« '^""fond 

fin -"ifv"?**' °""""' •*" *'»^d'«' "» une 
on. 11 y a deux manières de tendre vers une fin • la 

*nj««< ver. leur ^n : c'est la façon active. D'autres 

y sont d^r^gés : c'est la façon passive Pour se d^rLer 

^«OMnême vers sa fin la connaissant est nécessiire Et 



(1) Casteinn. Morale, p. 65. 



UOBALE QÉNÉBALE 7 

les moyens de connaître sont les sens et l'intelligence 
Mais la tendance active vers une fin suppose surtout la 
connaissance irtellectuelle, et voilà pourquoi, au vrai 
sens, 1 homme seul se dirige vers sa fin. Quant aux 
brutes, tout en appréhendant leur but d'une façon 
sensible et instinctive, elles sont plutôt dirigées vers leur 
fin, parce qu'elles ne peuvent pas ne pas tendre vers le 
but connu. L'être intelligent au contraire choisit libre- 
ment les moyens appropriés à la fin perçue, et librement 
_aussi il peut s'en éloigner. 

12. Les actes humains sont ordonnés i une 
fin.— Les actes humains sont ceux qui subissent la direc- 
tion de la volonté libre (8). Or la volonté tend tou- 
jours vers le bien qui est la fin (10). Les actes humains 
de 1 homme sont donc ordonnés à une fin. Quand on 
dit que, de sa nature, la volonté tend vers le bien, cela 
ne signifie pas qu'elle ne commet jamais le mal. Mais 

(lorsqu'elle fait le mal. c'est .son bien, c'est son plaisir 
que la volonté cherche. C'est ce plaisir, c'est ce bien 

^qui est l'objet de ses tendances, c'est-à-dire, sa fin. 

13. La fin des actes humains est subjectivement 
et objectivement ultime. - ■> H est évident que dans 
son intention — s«6jec«ti;emen< — l'homme se propose 
une fin ultime. Autrement nous ne pourrions pas ex- 
pliquer cette série d'actes subordonnés les uns aux 
autres. Jean vient au collège (A) pour étudier (B) afin 
de passer ses baccalauréats (C) et d'être admis au grand 
séminaire (D) où après cinq ans de théologie il sera 
jugé apte à recevoir l'ordination sacerdotale (E) E est 
donc la fin ultime à laquelle D. C, B. A sont subor- 
donnes comme des fins intermédiaires. E enlevé, D. 
C, B, A n'ont plus leur raison d'être. Donc sans fin 
uttim^, pas de fins intermédiaires, et, par conséquent. 



8 



LBÇONS DE MOBALE 



impossibilité de poser un acte moral quelconque. - 
De plus II faut que cette fin soit réMement, objectivement 
ultime. Autrement dit, il doit y avoir quelque part 
un bien voulu pour lui-même et qui ne soit pas subor- 
donne à un autre. C'est Dieu, infiniment sage, qui a 
mis dans 1 homme cette tendance irrésistible vers une 
fin complète, capable de le satisfaire totalement et que 
on nommt /e bonheur. Si cette fin n'existe pas ohjec- 
ttvement, réeUement, il faudrait dire que Dieu, la bonté 
même, est l'auteur d'une inclination vaine, cause de 
tous nos tourments. Cela répugne. 

14. Laîfln ultime objectlTe de chaque homme 
est unique. — Pour être vraiment, objectivement der- 
mère, une fin doit combler tous les désirs de celui qui 
tend vers elle et ne laisser rien à convoiter en dehors 
d elle. Or une fin comme celle-là doit être unique. Si 

_elle satisfait pleinement - comme c'est sa fonction - 
pourquoi admettre l'existence d'une deuxième et d'une 
troisième fin ? 

15. La^flnVtime'objective est la même pour 
tous les hommes. -La fin ultime objective est ce 
bien qui existe indépendamment de l'homme et est 
capable de combler tous ses désirs. Et pour pouvoir 
ainsi satisfaire pleinement la nature humaine, 1;. fin 
ultime lui doit être propoUionnée d'une certaine façon. 
Car, en réalité, la fin ultime en elle-même est la per- 
fection do l'homme et doit être conforme à sa nature. 
Ur la nature humaine est la m^me dans tous les hommes 
l.a fin ultime objective est donc la même pour tous ceux 
qui appartiennent au genre humain. 

16. La fin ultime subjective vaile avec les ap- 
préciationsTdeIchacun.-La nn ultime subjective 



MOBALK OÉNÉBALE Q 

«st la fin telle que chacun la conçoit, telle qu'il la juge. 
t8t-il besoin de dire que les manières de voir, d'appré- 
cier. de juger, soumises à plusieurs contingences, sont 
vanables comme celles-ci ; si bien qu'on a pu dire ■ 
aiUant de têtes, autant d'appréciations. Et d'ailleurs les 
faits de tous les jours nous montrent que chacun cher- 
che son bonheur là où il croit le trouver, là où d'aprè» 
lut il doit exister. 

17. La fin ultime objective est le bonheur. — En 

eUe-même, ou objectivement, la fin ultime est ce qui 
nous satisfait pleinement. Elle est le bien qui exclut 
tout mal et satisfait toutes les aspirations de la nature 
humaine. Or ce qui est pour l'homme la source d'une 
satisfaction aussi complète, ce qui éloiRne de lui tous 
les maux dont la présence ou la menace le rend mal- 
heureux, se nomme honneur. 

18. Dieu seul est le vrai bonheur de l'homme - 
En dehors de Dieu rien ne peut nous rendre vraiment 

heureux. En dehors de Dieu il y a les bien» de l'âme 
et du corps, et les biens extérieurs. Les biens de l'âme 
comme la science, la vertu, les biens du corps, comme 
la santé, la beauté, ne peuvent pas nous rendre com- 
plètement heureux. La plupart de ces biens, à peine 
es possédons-nous que déjà nous sommes exposés à 
les perdre. Ils sont donc une cause d'anxiété et de 
crainte. Les biens extérieurs, comme les richesses, on 
peut en dire autant. Quels soucis, quels ennuis ils 
sèment partout où ils se trouvent . » Dieu seul réalise 
les conditions du vrai bonheur. Pour être réellement la 
Un ultime ou le vrai bonheur un bien doit a) satisfaire 
pleinement tous nos désirs, h) exclure tout mal, c) n'être 
P^^^ujet au changement et d) être à la portée de tous. 
Or Dieu seul, bien absolu, infiniment parfait, est capable 



10 



LBÇONB Ol! MORALE 



d apaiser complètement notre soif de bonheur ■ bien 
suprême, il est incompatible avec le mal ; immuable il 
reste ce qu'il est, il ne change pas ; auteur de toute, 
chose,, le ciel et la terre proclament ses grandeurs, de 
sorte qu il est à tous facile d'accès, sans compter les 
autres mille et un moyens mis à la porté, de chacun 
pour arriver à sa connaissance. Saint Augustin avait 
donc raison de dire : « Vous nous avez faits pour vous 
Seigneur, et notre cœur sera inquiet jusqu'à ce qu'il 
se repose en vous.» 

19. La fln ultime de l'homme dans l'ordre ac- 
tuel est une fln surnaturelle. - Il ne faut pas oublier 
qu à 1 instant où le premier homme fut crée, Dieu l'a 
élevé, lui et ses descendahts. à un rang qui dépasse 
entièrement les exigences de la nature humaine. Notre 
destinée, notre fin actuelle est donc surnaturelle La 
béatitude du ciel ne s'obtient que par des actes appro- 
priés, impossibles sans le secours de la grâce divine 
On peut dire que le bonheur imparfait de ce monde — 
pourvu qu'il soit d'accord avec la loi morale — est un 
p . ant-goût du bonheur de l'au-delà. 



MORALE OÉNÉBALB IJ 

CHAPITRE II 

La loi morale 

20. Définition de la loi morale. - Pour arriver à 
«a hn 1 homme est obligé de se conformer à une règle 
qui lui fera éviter les obstacles et en même temps le 
conduira sûrement à son but. Cette règle, c'est la 
fct morale. Elle est « une ordonnance de la raison 
dictée par le dépositaire du pouvoir, et promulguée en 
vue du bien commun ». (Saint Thomas). Le loi mo- 
rale est donc différente des lois physiques qui gouvr- 
nent les êtres privés de raison et de liberté. On l'ap- 
pelle morale parce qu'elle concerne les mœurs, les 
actions des êtres intelligents et libres. Elle renferme 
trois éléments essentiels. D'abord, elle est dictée par 
la raison, en d'autres termes, elle est un principe d'ordre 
et non pas un commandement quelconque né du ca- ' 
_^rice, source de désordre^ Ensuite, elle doit émaner du ' 
pouvoir légitimement établi, pour les véritables intérêts de 
tous. Considérée en Dieu la loi s'appelle loi éternelle, 
dans l'homme, on la nomme loi naturelle. 

21. La loi éternelle, la loi naturelle. — La loi 

éUrnelle est Vidée de l'ordre qui existe de tarte éternité 
dans l'intelligence divine et dont Dieu veut efficacement le 
maintien par toutes les créatures. - La loi naturelle est 
un reflet de la loi éternelle dans la raison et dans la cons- 
cience de l'homme. Elle ordonne à l'homme de garder 
mviolablement l'ordre moral. Et comme cet ordre 
n existe que si le mal est exclu, on peut dire que la loi 
naturelle se ramène à cette prescription fondamentale : 
faire le bien et fuir le mal. 



12 



LEÇONS DE UOBALB 



22. Iilst«nee de la loi éternelle et de la loi 
naturelle. — " Dieu étant un être tri» lage a néces- 
sairement conçu un ordre que doivent suivre les 
êtres créés pour arriver à leur fin. Or cette conception 
éternelle de Dieu, c'est la loi éternelle. " La conicienc» 
humaine proclame bien lient qu'elle est sans cesse com- 
mandée de faire le bien et d'éviter le mal, elle dit encore 
qu'une voix étrangère lui intime sans cesse l'crdre d'ac- 
complir son devoir. Cette voix qui ccinmande et 
ordonne, c'est la loi éternelle elle-même se manifestant 
à la raison humaine, en d'autres termes, c'est la loi 
naturelle. 

23. Les propriétés de la loi naturelle. — Les pro- 
priétés de la loi naturelle sont Vuniverialité, la clarté, 
l'unité et l'immutabilité. La loi naturelle s'adresse à 
tous les hommes parce qu'elle est l'expression de la loi 
éternelle dans chaque être raisonnable. A ell«: toutes 
les créatures intei.igentes sont soumises, elle est donc 
■universelle. De plus pour obliger tous et chacun la loi 
naturelle doit énoncer des préceptes claire, facilement 
connai.ssables, comme, par exemple, ce précepte fon- 
damental : fais le bien, fuis le mal, qui est évident. 
Viennent ensuite les applications immédiates, les con- 
clusions prochaines de ce précepte, tels que les comman- 
dements du Décalogue. Quelques-uns peuvent ignorer 
ces commandements, mais pas longtemps, ni d'une 
isnorance invincible. Arrivent ensuite les lois po«tir«*_ 
qui varient souvent avec les milieux. Ces lois étant_ 
la détermination trèc éloignée de la loi naturelle, il peut_ 
y avoir facilement erreur à leur sujet. En fait, l'igno- 
rance de ces applications très lointaines de la loi morale 
est fréquente. îj'unité de la loi naturelle ne se discute 
pas quand on sait que cette loi ce ramène à l'unique 



HOBA1.E OÉNÉRALK 



18 



précepte : }aU le bien, fuis le mal. Et ce précepte étant 
un premier principe, il doit donc être immuable, autre- 
ment dit, la loi naturelle revendiq'-" encore le privilège 
de V immutabilité. Aussi lorsque L>ieu ordonna à Abra- 
ham d'immoler son fils et aux Hébreux de .s'enrichir 
des dépouilles des Ëgyptions, on ne peut pas dire qu'il 
a changé In loi naturelle qui défend de tuer son prochain 
etdepriM Jrelebiend'autrui. Lui, le maître de toute» 
choses, pouvait disposer de la vie d'Isaac et des richesse» 
des Égyptiens. Mais le précepte naturel qui défend 
de tuer son prochain est resté ce qu'il est, seulement 
cette défense est faite à celui qui n'est pas niattre de la 
vie d'un autre. Il en est de même pour \rt vol. Il 
n'est pas permis de prendre le bien d'autrui quand 
réellement il I ui appartient. Or dans le cas des Égyptien» 
il n'y a pas eu vol puisque Dieu a ordonné aux Hébreux 
de prendre ce qui était aien, ce dont il était le maître. 

24. Obligation de la loi naturelle. — Il n'y a 
aucun doute que la bi naturelle impose une obligation 
morale à ceux auxquels elle s'adresse. Nous disons 
morale et non physique parce que les sujets de la loi 
naturelle sont des êtres intelligents et libres. Toujours 
ils peuvent transgresser la loi, ils en ont la puissance 
physique, mais en tant que doués de raison et de volonté 
ils doivent s'y soumettre. Le fondement de l'obligation 
de la loi naturelle est l'intelligence divine qui trace à 
tous les êtres le chemin à suivre pour atteindre leur fin 
suprême. 

25. Sanction de la loi naturelle. — Pour que sa 
loi fût observée. Dieu a dû prendre les moyens efficaces. 
Ces moyens efficaces, c'est la «onction. Elle consiste 
dans la détermination des récompenses et d'" châtiment» 



14 



LEÇONS DB UORALK 



4 imposer à roux ,,„i ,„„t fid^,,, 4 , , . 

en ce n.onde, - IVxpérientc le prouve -la »nZTnn 

A o»t-il pa, vra. que Houvent le» !„,„, «„uffrent et le. 
nuH.h«„U,„„,,«.„t iei-bas? Il faut donc une autre vie 

foZTr '"'•'^"•"'""' rf' '» loi naturelle par iC- 

ti . j.. . """" «•«"""'«nde, il e.st vrai, de faire le 

r«rn„s iv! V\, ^ " '". '"' P"^'*'^- '1'' '«• dire. La 

m osit.ve est dmne ou humaine selon que Tautorit* 

;f«.t..e qui eo.nn.a„de est l'autorité de" "^.vm* 

27. L» loi poiltlv. divine .,t nécessaire * 1-hom- 
«•• A eau- de sa failile.,se intellcctuelic et des ..«, 

yZ^:s^ " " 'rt"'- ''"•""""^ -» -"'^«î- 

I es donc nécessaire que Dieu intervienne d'une 1 on 
rf. . o^ nd.recfe pour lui enseigner ses devoirs. Ceuê 
intorvenhon se omprend facilement, puisque c'est a 
volonté de Dieu que l'homme ait tous les moyens clpa! 

s appelle lo, po,,tioe dmne, ou parfois, révélation. 

tlv^himl?"'*!"' "* ^"'"' *' P°"'We, U loi posi- 
tive humaine impose obligation. - La loi es- ;«.<* 
nuanu elle est dictée par la rai.,on. »> lorTqu'die Ï 



MORALE GÉNÉRALE 



15 



proMulgufe par Vautoriti Itgitime, » quand oIIp osl/ort« 
pour It bien commun. Dans ves ronditions la loi posi- 
tive est conforme ù lu loi naturelU-, pf. comme «■«■Ile-ci, 
elle a pour fondement Dieu lui-même <|ui a le droit 
d'exiger obéissance de la part des créi ires raisonna- 
bles dont il est le maître et le bienfait. .,r. La loi est , 
poi>ible lors<iu'elle n«- dépasse pas les capacités de ceux 
à qui elle s'adresse. Kt pour être exempts d'oliéir i 
une loi jugée au-dessus de nos forces, il n'est pas néces- 
saire d'être dans une impossibilité phyuique. L'impos- 
sibilité morale suffit. Au reste — tous l'admctt.nt — 
l'impossibilité phyiiique est une cause (|ui exempte tou- 
jours. Il ne peut en être qu&stion. Ainsi un malade 
!»u lit est dans l'impossibilité phyiit/ue d'aller à la messe. 
Aussi bien les moralistes n'épiloguent pas sur son cas. 
Mais il s'agit plutôt d'une impossibilité morale. Cette 
impossibilité existe lorsqu'une loi nous commande quel- 
que chose qui, abtolumettt, peut se faire, toutefois, dann 
les circonstances, est réputé trop onéreux. 



CHAPITRE III 



La conscience morale 

f" 29. Définition de la conscienco morale. — La loi 
morale existe. Dans toutes nos actions nous sommes 
obligés de suivre ses ordres. Notre devoir n'est pas 
seulement de les accepter en théorie, il faut surtout les 
mettre en pratique. Or cette mise en pratique ressortit 
à la conscnence morale qui est l'acte par lequel la raison 
applique à un cas particulier les principes de la loi morale. 
"et acte est un jugement, parce qu'il affirme ou nie la 



16 



LEÇONS DE MORALE 



conformité de l'action à faire avec la loi morale- vrati 

est l un ou l autre Fv . v,t ■ ■ reanie 

™. «™ ™ Ji js.„ sut:: 1- .Tp™ r 

aftinn lo jx u" ^"' '^'"'"^ être une OTaufatse 

action la désobéissance aux supérieurs légitimes La 
conscience /««,.. ou erronée est celle gui ZodaL bon 
un acte ,nauvaù, et mauvcHs un acte ^0117 IZ 
fausse ,a conscience qui croit le mensonge permis'poul 

lacté de 1 autorité publique condamnant à mort celui 
qui est coupable de meurtre. La conscience droite Z 
le,u,en.nt porté d'après les règles de la prudene^'^t 
peut être vra^e ou fausse. Ainsi un homme intelligent 

d'uL acte" ; ' " *""'"'' "" ''' ^""*^ °" '""-•- 
dun acte La conscience fausse, selon les circons- 
ances. devient v^ncible, invincible. A la conscience X 
"Moment fausse se rattachent les consciences laxesTu 
puleuse, perplexe, timorée. ' "" 

"*teuL u^^"'-'"'"' '''"■***°''' *» conscience dou- 
teuse, a conscience probable. - La conscience c" 
ta^ne est celle qui sans crainte de se tromper Z^L 
acte est bon ou mauvais. L. conscience diZeZ ^ll 
celle çu. par crainte de se tromper ne se prononce pas sul 
la bonté ou la mahce d'un acte. La conscience ^obaMe 



UOBALI! oiNtsALE 



17 



est celle qui juge qu'un acte est bon ou mauvais mais avec 
crainte de se tromper. 

y. 32. La force obligatoire de la conscience mo- 
rale. — Étant comme le porte-parole de Dieu, la cons- 
cience morale a sans aucun doute force obligatoire. En 
effet la conscience applique les préceptes de la loi natu- 
relle qui, on le sait, est la loi éternelle dans les créatures 
raisonnables. Et la loi éternelle, c'est l'idée éternelle 
de l'ordre qui existe dans l'intelligence divine et dont 
Dieu veut le maintien par toutes les créatures. Mais 
c'est là la théorie. En pratique, quand la conscience 
oblige-t-elle? Les moralistes énoncent certaines règles 
qui dans la vie quotidienne sont des guides précieux. 
Nous les résumons dans les numéros suivants. "> 

> 33. Pour agir honnêtement il faut une cons- 
cience certaine. — Nous sommes obligé.s d'éviter le 
mal. Et pour satisfaire à cette obligation, c'est notre 
devoir de fuir toute occasion qui rend même possible la 
transgression de la loi. En effet, qui est tenu à la fin, 
est aussi tenu aux moyens. Or celui qui agit avec une 
conscience incertaine — douteuse — s'expose à faire le 
mal, et partant, n'accomplit pas le devoir qui lui com- 
mande d'éviter toute occasion de chute. 

* 34. Pour agir honnêtement il suffit que la cons- 
cience soit certaine d'une certitude morale. — Il 
ne faut pas oublier qu'il est question de moralité ou de 
science morde. Or la science morale n'exige pas une 
certitude métaphysique ou physique, elle n'en est pas 
capable. «> La certitude morale est suffisante. Ainsi 



73 ^7i 7=;'' ^' ^' '''"'*'*■ ^'«"««'o Pkiloaophia diriitiana, 3e vol., pp. 
(2) Cfr. Leçons de Lugique, pp. 106, 149. 



18 



LEÇONS DE MOHALE 



peut agir en toute sûreté relui n.,; „ 

p.r A "" ro,o" <•,"::: r ^t'riT"": 



MORALE OÉNÉBALE 19 

toujours permis de suivre les conseils des mpMeurs 

t.que de la raison - a toujours le droit de préséance. 

37. Il n'est pas permis de suivre les congaii. rf. 
la conscience vinclblement erronée quant 1 sï 

compte Le consed n'impose pas obligation. De 

erronée est dans 1 erreur volontaire. L'acte défendu 

1U.1 va commettre lui est imputable, puisqu'ille ."„/ 

au m„.n dans la cause. I, ne peut pas' nvoqu; 'ob^l' 

gation d ag,r, ,1 n'y en a pas dans le cas supposé - 

?u dllrrrrr r'""*"--* --ée commande 
ou défend, il faut tenir compte de ses ordres. En ne 

ment er';:n "'"''*' f -^ "''^'^-^ '"" '" ^•'"-'-- ^^-^'^ 
Tri nue "-"lî f*"~ ^"-ous ..o,o„, être mal, 
c'est t„^H'~^"f' ™î"""'"d« ou qu'elle défendr --- 
. c est toujours quelque chose réputé bon qu'elle propo,e 
Notre devoir est donc de nous débarrasser de ceUe 
con cience pour arriver à la certitude . , sujet cle a 
bonté ou de la malice de l'acte à faire ou à ne pL faire 

*rt.l**' ^°"*ï'?'" "'»«?** de la fln ultime ou d'un 
iTllnf ''*':; »'"«""'"'«'». » faut suivre l'opi 
^on a plus sûre. -L'obligation d'arriver au bon- 

11 est donc nécessaire de prendre les moyens le plus 
efficaces et de laisser de côté les autres si Lus vou on 
ar ver sûrement au but. Il en est de même des da" 
gers que nous devons absolument éviter parce qulL 

la. stricte obligation d'atteindre tel but, nous sommes 
absolument tenus d'écarter les obstacles qui nouren 



20 



LEÇONS DE MORALE 



éloigneraient, et partant, de suivre^le cheminTle dIu» 
sûr. ' • *^ 

y. 39. Lorsqu'il s'agit de savoir si telacte est per- 
mis ou non, on peut suivre une'oplnlon solide- 
ment probable et laisser de côté l'opinlonï plus 
certaine. — Il y a un principe enf morale qiù s'énonce 
comme suit : La loi douteuse n'oblige pas. Comme le 
dit saint Thomas, personne n'est obligé], d'obéir à une 
loi dont il n'a pas une connaissance certaine. Suppo- 
sons X qui se demande si, dans tel cas, la loi lui permet 
ou non de faire telle action. Pour lui la loi n'est pas 
certaine, puisqu'il hésite, puisqu'il se demande si II 
consulte A et B. L'avis de A lui parait plus certain. 
Cependant l'opinion de B a pour elle une sérieuse pro- 
babilité. A lui dit que la loi ne permet pas telle action, 
B lui déclare qu'elle la lui permet. X peut suivre 
1 opimon de B, parce que cette opinion vraiment pro- 
bable est un motif raisonnable qui le justifie de ne pas 
se persuader du contraire. Par conséquent, pour X, 
la loi n'exclut pas toute crainte de se tromper, elle n'est 
pas certaine. Elle est donc une loi douteuse. 



MORALE GÉNÉRALE 21 

CHAPITRE IV 

Le volontaire 

40. Définition du volontaire. - Le volontaire est 
ce qui est conforme à l'inclination de la volonté agissant 
sons la direction de l'intelligence. Le volontaire requiert 

_ donc deux conditions : consentement du côté de la 
volonté et connaissance de la part de l'intelligence. 

41. Le Bpontané, le youlu, le libre. - Le spontané 
est ce gui est conforme à l'inclination de la volonté agis- 
sant, ou même, n'agissant pas sous la direction de l'intel- 
hgence. Tout volontaire est spontané, mais pas réci- 
proquement. — Le voulu est l'objet de la volonté. Une 
chose peut Ctre voulue sans être volontaire. Je désire 
du beau temps. Celui-ci est voulu, mais pas volontaire 
il ne dépend pas de ma volonté. — Le libre est ce gui 
est conforme à l'inclination de la volonté obéissant à la 
direction de l'intelligence et nullement forcée à agir 
par une influence guelconque. Tout acte volontaire n'est 
pas libre. Le désir d'être heureux est volontaire mais 
pas libre. 

42. Le volontaire libre, le voloniaL-e nécessaire.— 

Le volontaire libre est celui gui procède de la volonté 
ne subissant aucune contrainte. Le volontaire nécessaire 
est celui gui procède de la volonté forcée à agir par une 
influence quelcongue. Le volontaire libre est parfait ou 
imparfait selon qu'il y a ou non plein consentement de 
la volonté. 

43. L'involontaire, le non-volontaire. — L'invo- 
lontairc est ce qu ;rocède } s de la volonté et, de plus, 

_est contraire à so 'Ination. Le non-volontaire est ce 



32 



LEÇONS DE MOHALE 



44. Influtncea de l'Ignorance sur le volontair. 

c^ne ,ui ..^.j£:î ,„tix:n: eTtrr' 

le consentement et la connaissance uZ !*?'"\'*°"'- 
(40) - I mIV ^ " '" '^""'^ ^'^wents constitutif, 

peut pas d re nu' M» >™j • . ypcnaant, on ne 
.•inCin'ationVïa tCt T^tZ^r^r^''- ' 
puisque celui qui fait l'action avec "«1 TanT/''"î' 
commettrait tout de même sans eUe ^17 '' 
l'ignorance concomitante rend P«-!* , P""'''!"»' 

à diro n^ w'«««ntc rend 1 acte non-volontaire, c'est- 

son ennemi — ^i r;„„ *'"""' 1"« ^ est 

pas- il tLait pardi rr "T"'^"-:-*'' "'--tait 
n'est pas .olonule, ^Jl::;.:' ^t^ 1^^, ZT^. 

voioLtïT.: ;i,rt::r'^Te:r" '''r"""""- ^'^ - 
;^";:rdï^Jit^:^— ^ 



MORALE OÉNÉRALB 



23 



45. Influences des habitudes sur le r^lontaire — 

On entend par habitude une façon d'agir bien ou 
mal, acquise par la répétition d'actes semblables. Celui 
qui a de mauvaises habitudes et ne .s'en corrige pas 
veut, par le fait même, les garder, et veut aussi les actes 
qui en sont la conséquence naturelle. C'est dire que 
pour cette sorte d'habitudinaires, les habitudes ne font 
pas disparaître le volontaire. Au contraire, elles l'aug- 
mentent, puisqu'elles font commettre l'acte avec plus 
de promptitude et de facilité, m Donc celui qui ne veut 
pas se défaire de ses habitudes agit avec un plus grand 
consentement de la volonté. Mais celui qui fait de 
réels efforts pour se débarrasser d'une habitude, bien 
qu 11 lui arrive parfois de commettre les actes auxquels 
le porte cette habitude invétérée, est beaucoup moins 
coupable et partant moins responsable. 

46. Influences des passions sur le volontaire — 

Les passions qui ont surtout de l'influence sur le volon- 
taire sont la concupiscence et la crainte. La concupis- 
^'^aT* «;' '''«*-na<io„ qui nous porte vers un bien sen- 
sible tUe précède (antécédente) ou suit (conséquente) 
la détermination de la volonté. La concupiscence 
antécédente diminue ou supprime la liberté de l'agent 
selon qu elle empêche partiellement ou totalement l'ex- 
ercice normal de la raison. Quant à la concupiscence 
con»eçuen<e, elle auffTOenie la liberté de l'ayen/, et partant 
sa responsabilité. En effet cette dernière concupiscence 
est librement voulue. Celui qui s'enivre pour tuer son 
voisin, est certainement coupable. - La crainte -ce 
trouble de l esprit à l'approche du danger - est légère ou 
grave La crainte légère ne diminue pas et ne supprime 
pas le volontaire. La crainte grave fait disparaître le 

(1) Cfr. Lésons de Psycholugie, p. 23. 



LEÇOim DK MORALE 

volontaire jdu, ou moi», selon qu'elle entrave d'une 
façon ,ineu>e ou non l'usage de la raison. 

47 Influence, de la violence sur le volontaire 

empêche de fatre ce que non. voulone. Elle ne p^t 
atteindre l'acte interne de la volonté, mais senlement 

dieu. Si l'on peut résisS \Z'ZZ,''Z:Z cï 



CHAPITRE V 



La moralité 
48. Définition de la moralit* n' 

Z M t/W ' '".'°°'«'- La moralité est donc ce 
par quoi l acte humain est juste, bon, honnête, ou encore 
injuste, mauvais, malhonnête. ' " 

49. Moralité objective, moralité subjective - 

La morahté o6i.c*i,« est celle qui vient des obJe^Z'q'ueU 

les actes de la volonté tendent comme à leur L La mo 

rahté subjective est celle qui résulte du jugeZt ^é^Z 



"t-^i-û . i Jyl 



-/--> L^UJi, 



MORALE OÉNÉBALE 28 

rhomme sur la taleur morale de ton acte. Ce jugement 
est pratique, on l'appelle conscience morale. La mora- 
hté subjective vient donc de la conformité ou du manque 
de conformité d'un acte avec la conscience morale 
Ainsi je juge comme bon l'acte que je viens de faire 
parce qu il est conforme à ma conscience qui est droite 
et certaine. Cette moralité de mon acte est subjective 
Dans les numéros suivants il ne sera question que de la 
moralité objective. 

50. Certains objets recherchés par notre volonté 
sont de leur nature moralement bons ou morale- 
ment mauvais. - Par objet nous entendons ce que 
nous voulons ■' Dans l'ordre spéculatif il y a des propo- 
sitions dont la vérité s'impose. En elles-mêmes, elles 
sont évidentes, telles que : tout effet a une cause, une 
chose ne peut pas être et n'être pas en même temi.s, etc 
Ainsi dans l'ordre pratique, il y a des propositions qui 
s imposent aussi, des actions dont la bonté ou la malice 
sont évidentes, comme aimer ses parents, éviter le mal, 
faire l aumône. » Chez tous les peuples les mots bon, 
mauvais juste, injuste, sont connus ; et, avant toute 
loi, indépendamment de toute coutume, ils désignent 
^ certains actes loués ou réprouvés. 

51. La distinction entre le bien et le mal est 
fondée sur la raison humaine d'une façon pro- 
chaine et sur l'essence divine d'une façon éloi- 
gnée. — Il s'agit de la raison humaine, non pas dans 
tel ou tel individu, mais en général. De plus il est ques- 
tion de la raison droite et non faus.oée. - Ce qui est con- 
forme a la nature d'un être est dit bon pour lui Par 
contre ce qui n'est pas conforme à la nature d'un être 
est dit mauvais pour lui. Or la nature spécifique de 
1 homme, c est d'être raisonnable, c'est d'avoir une raison 



26 



LEÇON» DE MORALK 



que le relferde" M ';.">» ™'-" humaine n'eU 

avec ic;i'i'^^:riî2%'"''"t-^^ ^""'"»'' 

donc ,W„ee divinV^^ui ^IAT^^Z.TTlT 
tinction entre le l.ien et le mal "^"'^"^ ''* '" dis- 

quement. On ^ oit à quelle ahsi.rH té T"; ^'*''"°" 

. pa.i(.c qu eues sont niauvampo — n r>,„ i- 

condN que tout ce qui est utile est bon oue to„t Z ■ 



»;1 



MORALE OÉNÉKALU 



27 



ment, subl.mc, q,„ „„t illustré la vie de certain» per- 
sonnâmes? Quant à l'intérêt, ne .savonn-nous pas que 
son unique reeherche favori-e singulièrement réK„I,nie > 
Au demeurant, si l'utilité de l'hon.me publique ou 
pnvee eta.t le critère de In moralité, l'ordre moral 
converKcrait seulement vers l'homme et non vers Dieu 
comme il le doit. 

53. Lm lourcei de U moraliM objective. - u-s 

so-irces de la moralité objectùe sont Vobjel. la fin -t les 
circonstance». L'objet est la ram,., d'Hre d'un acte ce 
^pourquoi il existe. Ain.si l'objet de l'aumône est "de 
secourir les malheureux. La fin est le h„t que se pro- 
pose celui qu, fait l'acte. Les circonstances sont un 
en.,emble de choses, de contingences qui entourent 
1 acte, comme le temp,, le nilien. la œndilion de celui 
qui agit. etc. L objet, la fin et les circonstance.., forment 
_ la source où 1 acte va puiser sa moralité. Vobjet étant 
a raison d'être de l'acte, ce pour gnoi il existe, fait donc 
lacté ce qu,l doit être, c'est-à-dire bon au mauvais. 
La fin est e motif pour lequel on agit : sans fin pas 
d action. La hn est une des causes de l'acte. L'acte 
doit donc emprunter sa moralité - sa bonté ou malice 
à la fin. puisque l'effet dépend de la cause Les 
circonstances, on les compare aux ornements. Ceux-ci 
en effet concourent beaucoup à la valeur de l'édifice 
11 en est de même pour l'acte humain. N'oubHons pas 
. que la bonté morale d'un acte résulte de ces trois élé- 
ments reunis : objet, fin, circonstances. La ma/ice d'un 

honnête en elle-même (objet), faite dans un but louable 
(fini, perd son caractère de bonté à cause de l'absence 

une ci ""'f "" '■" "'P'^' "' ""^ "'" P''-^ ^té '«'t- dans 
une circonstance convenable. Tel serait le cas de celui 



W LEÇUNB DE MORAIJC 

qui, pour faire la charité aux nécewiteux. compromet- 
trait gravement les intérêts de sa famille. 

54. ImputftbiUM et reiponiabiUté. - Vimputa- 
Mité est la propriHé par laquelle un acte humain est 
(Utnbut — comme l'effet à m cau,e — à celui qui en ert 
l auteur. La reipomabilité est la nituation qu'à rit-ù-tit 
de l'acte, celui qui l'a librement commit. L'imputabilité 
regarde l'acte, la responsabilité concerne celui qui a fait 
librement cet acte. Le fondement de l'imputabilité et 
de la responsabilité est la liberté humaine. Que les 
actiuni, ou omiaiion, doivent être imputée» à celui qui 
les a librement commises, cela est évident. L'effet est 
toujours uttrilaié à la cause. Sort imputables encore les 
effets résultoiit de ces actions et omissions et sûrement 
prévus comme tels. Qui veut la couse, veut les effets 
qui en découlent. Les actions d'autrui sont aussi impu- 
tables k celui qui sciemment et volontairement a p»7Mcipé 
à leur décision (coopération morale) ou à leur exécution 
(coopération physique). "> 

55. Mérita et démérite. — Le mente est le droit à 
une récompense. Le démérite est l'obligation de subir un 
châtiment. Un octe est méritoire ou déméntoire 
lorsqu'il est utile ou nuisible à quelqu'un. — L'homme 
pmit mériter ou démériter de Dieu, de ses semblables et de 
la société. Par ses actes il peut augmenter ou diminuer 
Ja gloire de Dieu, partant, lui être utile ou nuiHble. 
Sans doute Dieu reste toujours lui-même, mais sa gloire 
extrinsèque, c'est-à-dire la connaissance de ses attributs 
divers por les créatures, les louanges dont ces mêmes 
attributs sont susceptibles, tout cela dépend beaucoup 



MOBALB OÉNÉRALE 



29 



de. acte» que 1 homme f.it rhaquc jour. De ,e. *em. 
blable, comme de la sociHé l'homme peut aussi mériter 
parce qu'il e»t en «on pouvoir de Iravuillcr ii leur 
avantage comme à leur dégavantaxe. 

56. La mtU et le Tloe. - La vert., est une habitvd» 
qui incline l homme à faire le bien. Le vice est une habi- 
iude qui inehne l'homme à faire le mal. 

67. Lei TertUI CU-dlnalei. - Les vertu» cardinales 
sont celle» qui mni à la base de l'ordre moral. Elles sont 
au nombre de (,uatrc : la prudence. In ji^lice. la force 
et la tempérance. La prudence est Vl'habilude de bien 
juger de la bonté et de la malice de, acte, libre, en vue de 
Uur fin dernière. La juMce est Vhabitude ,,ui incline 
l homme à rendre à chacun ,on dû. Ln force est une 
habitude par laquelle on réeitte aux difficulté, et aux péril, 
de toute, ,orU, rencontré, »«r la route du bien. La tem- 
pérance est une vertu qui modère vt maintient dan, de 
juste, limite» l'attrait pour le» plaisir, sen.vbtc. 

58. L'acte vertueux réside dans un juste 
milieu. — Il y a deux façons de s'éloigner du bien : 
1 excès et le défaut. Or l'éloignement du bien, c'est le vice 
La vertu — l'opposé du vice — évite donc l'excès et le 
défaut, elle est dans un juste milieu. En toutes choses 
la proportion est de mise et les extrêmes sont insuppor- 
tables. Et cela est vrai pour l'ordre physique, l'ordre 
mtellectuel, comme pour l'ordre moral, celui de la 
vertu. '" 

En pratique il est assez difficile de trouver ce juste 
'°'''^"- " y a. disent les moralistes, le milieu qui 

Pp.Mafiia""'"' ^''"'^"""■'' <•« N-D. d^ Pari». La vertu. 1906. 



30 



LEÇONS DE MORALE 



dépend de \^réam et le milieu qui dépend de la rauon. 
Or la raison doit temr compte de la veHu elle-môme et 
. des circonstances. 

la reahté quv fixe le juste milieu. Ai-je fait perdre la 

r"uÏ T. -'•"'''''"'""• °" ^"™^^' "'-J" -'é -" bien! 
e SUIS oblige a une réparation égale à la gravité dé 

1 injure. Suis-je dans l'impossibilité de restituer ce que 
"'l^n' T '^<"»P««*«^ autant que faire se pourra. 
b) Dans les vertus distinctes de la justice il faut tenir 
compte delà vertu elle-même et des circonstances. llZ 
partient a la prudence de peser toutes choses et de 
tenir compte des circonstances afin de bien déterminer 

lTo7J' " !" "• 'i" '^''^ ^^ '"'"'"^ 'i- - dépouille 

Dour un "■• T "" '^"''""'"' '^^ '"' ""'""t^ P»-""* 
pour un crimine ou un insensé. Le religieux qui veut 

posséder, deyemr riche, manque à ses vœux et à sa 

vocation. Amsi ce qui est bon pour l'un est mal pour 

XTet lie: "^^"'^ ^""^ -- '- P— . les 



Fin de la Première Partie 



i 



DEUXIÈIviE l'AîiTIK 



MORALE SPÉCIALE 



59. Définition de la morale spéciale. — La morale 
spéciale est la science des droits et des devoirs de l'homme 
considéré comme individu et membre de la société. Tandis 
que la Morale Générale traite des lois qui réKissent les 
actes humains en eux-mêmes sans s'occuper de leur 
auteur, la Morale Spéciale applique ces lois aux actes 
humains en tenant compte de celui qui en est l'auteur 
et des situations différentes dans lesquelles il se trouve. 
Mais l'application des lois morales aux cas particuliers 
donne naissance aux droits et aux devoirs. En effet la 
loi morale fondamentale : fais le bien, fuis le mal, com- 
porte obligation, partant, devoir. D'autre part, au 
devoir correspond le droit ; le devoir de faire ceci ou 
d'éviter cela entraîne le droit de prendre les moyens 
nécessaires. C'est pourquoi la Morale Spéciale se 
définit avec raison la science des droits et des devoirs. 

60. Divisions de la morale spéciale. — Nous divi- 
serons la morale spéciale en neuf chapitres. Après avoir 
donné quelques notions sur le droit et le devoir (ch. I), 
nous déterminerons les devoirs de l'homme envers Dieu 
(ch. Il), envers lui-même (cli. III) et envers ses sembla- 
bles (ch. IV). Tous ces devoirs, l'homme doit les rem- 
plir comme individu. De plus, il est membre de la 
sociét é, et envers elle, il a sussi des devoirs . Cette 



32 



LEÇONS DE MOBALE 



société elle estfajniliale (ch. V, VI), nationale (ch. VII) 
mlernattonale (ch. VIII) et religieuse (ch. IX). 



CHAPITRE PREMIER 

Le droit et le devoir 

61 Définition du droit. - Le droit est le pouvoir 
moral qu'a l'homme défaire, de posséder ou d'exiger aul 
lue chose Le droit est un pouvoir moral, /elllZ. 

-mor^r^eTf"''' " \ '^''°" ^' aux'rè^Ve Ta 
~S;; ^'r*,**""^ ^'on-plètement distinct de la/oro.V 

souveTt TaV "''" T""" ''"'*• ^* "^ est le droit, 
Z^H. " ^ ^'' ""'• ^'""f**"^ ''" berceau a le 

drm< de vivre sans avoir la force de s. défendre contre 
celui qui veut le tuer. ® 

62. La source du droit. - Nous venons de le dire 
le droit est essentiellement distinct de la force : celÎ d 

dés?;" T 'rrr^rT ' ''''"''-''■ ^'^ ^roit vie„t-ii du 

desir ? Tout d'abord les désirs illégitimes ne peuvent 

est^ro^f ^°"": '" '™'*- ^'^-"' - l'oublions pas 
-g^orme a la .aison et aux règles de la nTorale 
Quant aux désirs lêgH,„,es, pas plus que les autres, il, 
ne peuvent revendiquer ce titre. Je suis pauvre mon 
-ZilJ , "•'" ''''' '^ ^^'"« désir -bien /I S 

beaucoup S H-'"''" T"'"'' ''^"^^ 'l"' "^ Posent 
Deaucoup. Ce desir me donne-t-il le droit d'aller pren- 
dre la somme d'argent nécessaire dans sa caisse =Pa, 
le moins du monde. Le besoin serait-il par hl!ard la 
source du droit ?_Sa„s Joute celui qui est ex , osé à 
-^2ïï£!Ldeiaimirfro;<_d^^^^ ^2\~ 



MORALE SPECIALE 



33 



- o^im^ ce soit. C'est son besoin extrême qui lui confère 
ce droit. Mais d'une façon générale le besoin n'est pas 
extrême, aussi pouvons-nous dire qu'il n'est pas la 
source du droit. J'ai besoin de cent piastres pour faire 
honneur à une obligation. Ai-je pour cela le droit 
d'aller chercher cette somme dans le gousset du 
riche ? Qui oserait soutenir pareille doctrine ? 
Selon quelques-uns, Vautorité est la source du droit. 
Pas plus que la force, le désir et le besoin, l'autorité ne 
peut revendiquer cet honneur. Son rôle est de faire 
respecter le droit, et non de l'engendrer. La source du 
droit est la loi morale à laquelle tout être intelligent est 
soumis. Cette loi nous impose l'obligation de pour- 
suivre notre fin morale, et, pour atteindre ce but, nous 
avons le droit de poser les actes qui y conduisent et de 
repousser les obstacles q"i en éloignent. "> 

63. L'inviolabilit coercition, la limitation 

et le conflit du dro^. -V inviolabilité du droit est 
une conséquence de la loi morale qui en est la source. 
En effet l'obligation qu'a l'homme de tendre à sa fin 
de toutes ses forces, comporte nécessairement le droit 
intangible, inviolable d'agir d'une façon conforme à 
cette fin. Sans l'inviolabilité le droit n'a plus sa raison 
d'être. La coercition vient au secours de l'inviola- 
bilité en mettant à sa disposition la force physique. 
L'expérience ne prouve-t-elle pas que sans la coercition 
les droits les plus sacrés seraient souvent méconnus? 
La limitation dit au droit : tu iras jusque-là, pas plus 
loin. Il va sans dire que le bien commun impose des 
Jimites au droit individuel.^ C'est pourquoi, il arrive 
des occasions où la loi défend à quelqu'un certaines 
choses auxquelles il a droit, et cela, en vue du bien 

(1) Cfr. Guibert, Cours de Morale, pp. 228, 23a 



a4 



II 



I.EÇON8 DE MOBALE 



en même temps vTais «sVn '/' '"'"^'"•* ""^ «''« 

on met e„ pratique la rS 1" i l?, f' ^T.«'* ''^ ^roit. 
'«•«..««r, céder le pa. au slpér^J '"' ' "'^'"'*"' <'-"' 

posséder, etc sont 1 7 •. «'instruire. le droit de 
turel apparti^nH Jh 1" ""l"^'^" ^^^ ^-^ -" 

f°^'po.-./estc./„4utXrj;L*/'"''''"-'"^- "^ 
Le droit de vote. Le droit n •.■/'" P"*''*"'- Ex.: 
en tant que tel /^o^^f " ,7 l^l^PP-f^t à l'hon^^e 
et le droit imparfait le dr^if ?'" '" ^^^^ î""/"»' 

d'une dette. Le droit L /T "^ ^"^" '« Paiemer* 
*«r ;« charité. Ex ÎeTf;' ""* ^''"*' »"' "'^ fondé 

65. Définition du devoir - Le h • 

twn morale de faire m, 7 ^"'°" est Vobliga- 

Comn.eledroit.ledevoirt-al''"^"" '"^''"^ ^'''^- 
«t l'bres. Il est un IT motal T '''"' '"t^'^Kents 
volonté à faire ou à omettra "" ''" •^"' "'''^'"t '« 
à la raison '.e dev J^ ","' ''' '""^"^e ou non 

■nent la lo. ...orale ' """'' ^' ^'"'''' " P»"^ fonde- 

Division des devoirs — T.. ^ • 

'^"y selon qu'il est i^^L. ^''^'\''V «'*' ««'«--^ 



66. 



ou yo^i/,/ selon qu'il est imnn.^ ^^ ^?'.'" ^'* "<""'•''' 
positive. Ex. : Le devoir 7^ ^V^ '"' "°'"'««'' ou 
parents, est naturel cil J 6 l' '^'•'"' '''^°""'«' -« 
devoir est par/ai< s'il eTt •'!'^"" "'* ^^'^^^f- ~ Le 

^^-•iie3^i.i:i-;-:^-;v^..o.j,„. 



MORALE SPÉCIALE 



35 



de payer ses dettes est parfait, celui de faire l'aumône 
est ^mparfmt. Le devoir est affirmatif lorsqu'il com. 
mande de fatre une chose, négatif, quand il défend de 
fa^Te une ehos^ Ex. : Le devoir de secourir les mal- 
heureux est affirmatif, celui de ne nuire à personne, est 
négatif. Le devoir négatif oblige toujours et pour tou- 
lonrs. en^tout temps, en tous lieux, en toutes circons- 
tances Il n est jamais permis de nuire à qui que ce ~ 
so.t. Le devoir affirmatif n'oblige pas toujours et pour 
^ujours. Ainsi je ne suis pas toujours obligé de faire 

67. Les droits et les devoirs sont corrélatifs. - 
Il ny a pas de droits sans devoirs et de devoirs sans 
droits. En effet, si l'on suppose dans une personne le 
pouvoir rnoral (droit) de faire telle ou telle chose, il 
faudra admettre dans l'autre l'obligation (devoir) au 
moins de respecter ce droit, et dans certains cas de 
faire ce que cette personne exige. D'autre part, le 
devoir n existe pas sans le droit. Qui dit devoir, dit 
obhgat,on,quj dit obligation, dit un législateur qui a le 
droit de 1 imposer. Au reste, n'est-il pas évident que 
Ihomme a le droit de satisfaire aux obligations, aux 
devoirs qui lui sont imposés ? 



QA 

«-EÇONS DE MOHALE 

CHAPITRE II 

Les demira de l'homme enver,< Dieu 

r^7,f^ ~ ."""^ '" '''■°'*^ ^t 'e» d'avoirs sont cor- 
ré at,f . au pren.ier des droits correspond donc "e pre 
m.er des devo.rs. Or Dieu, avant tout autre a des" 

fi îe/niL '"r;- ''r ^°" p'"-- ^-^pe "tt 

un aern.ere. Il s ensu.t que c'est envers Dieu aue 
lhomn.e a d'abord des devoirs, autrement dit U 
devoir rehgieux est le premier devoir de l'homme ' 

entiérement de Dieu." O^'^n ~,tt''SriÎfr 
«ervr sont justement la manifestation de cettrdépen 

domaine sur son être tout entier, souveram 

70. L'homme doit connaître Dieu. - Ce devoir 
ne comporte pas seulement une connaissance rudÏen 
tmre, ma» une notion relativement approfondie de 
Dieu une notion capable d'être la lumie^re et îa force 

le m ersertrEt''' ''''''''''' °'^" '^ '^ "^'^'^ ^^^^ 
e mieux seni. Et pour atteindre sûrement ce but 

ilus """1: s'^ t't .''"^'^"^"^ "- connaissance de 
Ïët le! h '^ "'^^ *^' """ '"^^'"^ «t "éateur. En 
effet les hommages rendus à un souverain sont d'autant 

miluxTutd'^ '' ^""^"^^ ^"^ '^^ sujets connatsn" 
S eu ilu, T '"''"' '"•• " "^^ ^'t de même pour 

D»eu. plus nous le connaîtrons, plus nous serons con- 



MORALE SPÉCIALE 



87 



vaincus de son droit de souveraineté sur nous, plu» 
notre vie sera conforme à la volonté divine. 

71. L'homme doit aimer Dieu. — La connaissance 
de Dieu conduit à son amour. Lu volonté désire ce qui 
est bon, elle cherche à s'unir à ce qui est aimable. C'est 
en cela que consiste l'amour. D'autre part, il est na- 
turel que la volonté suive toujours l'intelligence. Une 
fois la bonté de Dieu et son amabilité connues, la vo- 
lonté désirera cette bonté, elle cherchera à la posséder, 
elle l'aimera. 

72. L'homme doit servir Dieu. — L'homme est le 
sujet de Dieu. Tout ce qu'il a, il l'a reçu de Dieu qui 
le lui a donné par pure bonté. Il est donc nécessaire 
que l'homme tout entier reconnaisse le souverain do- 
maine de son créateur sur lui. Autrement dit, l'homme 
doit servir Dieu. Et ce service de Dieu s'accomplit par 
une série d'actes internes et externes dont l'ensemble 
constitue le culte. 

73. Le culte intirieur et extérieur. — Le culte est 
un ensemble d'actes par lesquels l'homme rend à Dieu les 
hommages qui lui sont dûs. Ces actes restent-ils cachés 
au dedans de lui-même, ou sont-ils manifestés au dehors 
par quelques signes sensibles, alors le culte s'appelle 
intérieur ou extérieur. Que le culte d'une façon géné- 
rale soit nécessaire, nous en avons la preuve dans la 
complète dépendance de la créature raisonnable vis-à- 
vis de son créateur. Pour ce qui est du culte interne 
en particulier, disons que l'intelligence et la volonté 
sont soumises à Dieu, et qu'elles ont le devoir d'expri- 
mer cette soumission par leurs actes. Quant au culte 
externe, sa nécessité vient de ce que le corps de l'homme 



38 



LEÇONS DE MORALE 



« aussi Dieu pour auteur. Et d'aillp..,. i i, 
rieur convient parfaitement à . ''"'^•' **'*- 

pas vrai que les sen L^'f f ""l'^ .""*"'•''• Ne^t-il 
/estent toujours à SrSrrn' "/"*',""" '" ""•"'■ 
rieur facilite le culte Ltér"em vl ^'"^'^•="'"' «-*- 
de la musique appropriéëTc "It. ." " ™^"**' 
vers Dieu davantage et, f 'er.eur) nous porte 

lui (culte intérieure ""°'"'" "°*'"= «'"'>"' Pour 

74. Les actes du culte int«rl<iiir i 

culte intérieur sont Vadnmr ^ ■ ~ ''*' "'"*" ^u 

prière, VhunilitXfv^'T ' "1'? '' ^"»-*. '» 

l'arfora/io„ ri.omme reconl, l"""' » " "*""''• ^"^ 

Dieu, par lW,W,rfeVlriîÎrin?r ''''°'"'' ''^ 
Indigente et souvent rsÏ;™f;-f"f-U 

infinie, ^:!zt^:::^^ -f ^" - "-« 

toute-puissance et prômed'âvoit ''"""'' ''""^ ^^ 
ardente et inaltérable Zariu '""'' """ '"' "»« 

rieIL?!Ce'lr"\rr'-'- - ^ ->te exté- 
eompose d-rsToXtVo^nt^!-^ '"'"'''"'• "- 
Plète est presque imposa à fa le 0^^" -- 
pouvons ramener les actes dVu' ^"P?'"''"'* "ous 

quatre : î, M„!ï,„ ,■ P " ■''°' " """b" •!• 



MORALE 8PÉCIALK 



8» 



l'est la superstition ; on peut enfin rendre à d'autre» 
le culte dû à Dieu seul, et c'est l'idolâtrie ». ") 

77. Le culte de Dieu est prescrit à l'homme par 
le droit naturel. -Le droit naturel veut que tout 
sujet soit soumis à son souverain et reconnaisse qu'il a 
des devoirs envers lui. En effet la nature du souverain 
— comme souverain — la nature du sujet — comme 
sujet — l'exige. Or l'homme tout entier dépend de 
Dieu. De par sa constitution, et de par sa nature elle- 
même, 1 homme doit donc rendre un culte à Dieu. 

78. La reUglon. - Le mot religion est pris en deux 
sens différents. Il désigne ou bien une vertu ou bien 
1 ensemble des detoirs qui unissent l'homme à Dieu En 
tant que vertu la religion est une des parties de la jus- 
tice. Aussi le devoir religieux est un devoir de justice. 

79. Religion naturelle, religion surnaturelle — 
La religion naturelle est Vensemhle des devoirs qui ne 
dépassent pas la nature humaine laissée à elle-même 
Ces devoirs, l'homme peut absolument arriver à leur 
connaissance sans que Dieu les lui révèle. La religion 
surnaturelle est Vensemble des devoirs qui dépassent corn- 
pletement les forces de la nature humaine. Sans une révé- 
lation spéciale de Dieu, l'homme ne peut jamais con- 
naître les devoirs de la religion .surnaturelle. 

80. La révélation est moralement nécessaire 
pour la religion naturelle. - Est moralement néces- 
saire ce dont on ne peut pas se passer sans de sérieux 
.inconvéments. Les devoirs de la religion naturelle. 
1 homme peut absolument les connaître par lui-même 
Mais à cause de la difficulté de cette connaissance, en 

(1) Fargei. et Barbedette, ouv. cit., p. 447. 



40 



I-EÇON8 DE JIORALE 



raison de la brièveté de la vie et des multiples occuoa 
Uons qu. empêchent l'homme de s'adonner, comme" 
le devrait, à la recherche de ces devoirs. Di.uTe lu 
révè e. Autrement l'homme serait exposé à l'inconvé 
ment smeux de ne les connaître jamais ou de ne Is 
connaître qu'imparfaitement. 

81. La révélation est absolument néoesialr. 
pour la reUgrion surnatureUe. - Est a JÎZ't 

arrivTrVî '«"* "","' "''"* '"'^ "^ ■">-" ^u tout pour 
arriver à la fin voulue. Or l'homme à été élevé A une 

fin s- -Uurelle. fin qui dépasse toialen^„t les exigence! 

de sa nature. Et pour obtenir cette fin il fa,^ de 

moyens proportionnés dont l'ensemble constî ue la 

ouoi^^I • • '"""""•' ■'"' "'"y""' ^ ''homme, sans 
quoi celui-ci ne pourrait - : jauver. 



CHAPITRE III 

Les detoirs de l'homme envers lui-même 

vers ui-méme.-A proprement parler on ne peut 
pas dire que l'homme a des dc^irs envers lui-rS. 
Jortl î K.'" '*"*' -"e^Pond à un droit, il com- 

""du su et dt ? • " ^r* "'' ^"^'^ '««"««"ent distinct 
vrai d-affl™/'^"'"';.,^*""'"''""*' P- -""logie. il est 
vrai d affirmer que l'homme est en même temps sujet 
de droits et de devoirs envers lui-même, si on le consî 
dère à deux ycnnis de vue différents. Comme personne 



MORALK HI'ÉCIALK 



41 



humaine, créature rahonnable, riiomnie u le droit absolu 
de tendre ù su fin. Par ailleurs il est un i'Ire «ubordonné, 
tenu de soumellre les diverses ineliiialions qui s'oppo- 
sent à la poursuite de lu fin voulue par le créateur. Kn 
d'autres termes, l'homme, (^tre nnbordnnué a des devoirs 
envers l'homme, personne humaine, créature raiiionnable. 
Mais c'est toujours le même homme. 

83. Les devoirs de l'homme envers lui-même 
sont négatifs et positifs. — Tous les devoirs de 
l'homme envers lui-môme se ramènent aux deux for- 
mules suivantes : « Tu n'endommageras pas ton être », 
« Travaille ton être pour qu'il ]>rogres.sc et prospère ». 
La première défend, elle renferme les devoirs négatifs. 
La deuxième commande, elle comprend les devoirs posi- 
tifs. L'homme est un composé de corps et d'âme, de 
ces deux parties résulte tout son être. Il a donc des 
devoirs et vis-à-vis du corps et vis-à-vis de l'âme. 

84. Les devoirs relatifs au corps et i l'Ame. — 
Les devr' égatifi obligent l'homme à éviter tout ce 
qui nuit a »on corps soit par sa destruction comi)lète, 
comme le .luicide, soit par sa détérioration plus ou moins 
notable, comme V alcoolisme ou les désordres des se s. 

_L'açcomplissement des devoirs négatifs concourt sur- 
tout à la conservation du corps. Les devoirs positifs 

^contribuent à sa perfection. Les principaux devoirs 
positifs se ramènent a Yhygihie et à la tempérance. Les 
devoirs à l'égard de l'âme sont aussi négatifs et positifs 
et concernent surtout l'intelligence et la volonté. Il faut 
que l'homme éloigne avec soin de son intelligence tout 
ce qui est de nature à la dégrader, comme Vignoranco, 
l'erreur (devoirs négatifs), et lui procure la vérité par 
l'instruction (devoir positif). La volonté, il doit aussi 



42 



LRÇONH DE MORALE 



Z^aT^'\'^''."'^"" ^'^'^"" "*«""') *t '« •'"««ver en 
vue de la fin à ol.tenir (devoir |>o.,itif). 

86 L. .ulclde est défendu. - Le «uicide e,t Vact, 
par lequel un homme, ,1e ,„ propre autorité, ,e doune 
rohntauement la mort. U vie e,t un don de Dieu, don 
on ne peut plus est.mal.le mai., onéreux. Il comporte 
des obhKahons auxquelles de son plein «ré ne peu , al 
se soustraire celui „ui en a été «ratifié, ("est pî;uriûoi 
/*•./"?.?""* ^•°''»'t»i'-'"n«nt la mort, de sa propre 
autonté. rhomn.e est injuste envers Dieu, et partant! 
eommet un acte immoral. C'est l'une des fautes ^e 
plus graves dont il puisse se rendre coupable puisqu-ele 
le met dans l'impossibilité de ren.plir ses dev2s le! 
plus stncts. L'homme doit aussi concourir d^s la 
mesure de ses forces au bien de la société dont il est le 
membre. Par le suicide il se dérobe à cette nouvelle 
obh«„t.on De ce chef, sa mauvaise action est encore 
une injustice envers la collectivité. 

«uiLr"*"!.**."*"."'*'**"' '"'"«"«o «n faveur du 

suicide. -.) La vie, dit-on. est un bienfait. Nous 
sommes donc toujours libres d'y renoncer. - Sans 
doute la vie est un bienfait, mais un bienfait .rpêcial qui 
comporte de., obligations que nous n'avons pas le droit 
dt ré. u.ser Dieu ne nous permet pas de choisir. II 
veut ,jue chaque homme emploie sa vie pour la fin sur- 
naturelle a laquelle il est destiné. _ Se dérober à Ta 
_tâche imposée e.st un crime plus grand que d'y faillir. - . 
Le suicide, ajoute-t-on, est parfois nécessaire puisqu'il 
est le seul moyen d'échapper au déshonneur. - On se 
méprend souvent sur ce mot déshonneur. Veut-on ex- 
primer par là une certaine /aço„ défaire <.. Je se con- 
dmre condamnée par un monde dont les principes et 
la morale n ont rien de recoramandable, comme serait 



MORALE HPÊCIALK 



43 



par exemple le va» de celui qui refuse de h.- haftre en 
duel ? Alors, et est-i! besoin de le dire, ul.solument 
déraisonnable est fiiete de celui ,,ui renonce ù !.. vie 
pour SI ,)eu . Mais y eût-il t-Mtahlf déshonneur. Dans 
ce cas-là aussi, le suicide ne scrnit pus plus justifiiible 
Le déshonneur est lu conséqueme d'une action hon- 
teuse. Celui qui veut commettre le suicide pour s'y 
soustraire, ou il est coupable ou il est innocent. S'il est 
coupable, qu'il vive pour expier sa faute et la réparer • 
su est innocent, qu'il vive encore pour démontrer qu'il 
nest pas responsable du crime qu'on lui a faussement 
imputé. ~ " Les souffrances de la vie. ,lit-on encore 
sont parfois intolérables. — Souvenons-nous que Dieu 
ne saurait nous imposer un fardeau au-dessus de nos 
forces. Au reste, il est vrai .le dire que nous exagérons 
souN it nos peines en laissant cm r notre imagination 
et en ne recourant pas assez aux remèdes efficaces. — 
|i La vie est ennuyeuse. - Certes chacun a son lot ici- 
bas. Mais l'exiiérience de tous les jours démontre que 
1 accompli.s.sement généreux de ses devoirs quotidien- 
procure des joies indicibles qui dépassent de beaucoup 
les chagrins de toutes sortes. Cela prouve abondan- 
ment que In rie vaut ta peine d'être vécue. —'^ On ne 
saur.nit nier i,u suicide le mérite du courage. C'est 
plutôt une lâcheté. Celui qui s'en rend coupable a 
peur des contrariétés de la vie. le poids de l'existence 
l'effraye. Au contraire, tenir bon devant les difficultés, 
lutter afin de ne pas se laisser vaincre, voilà qui s'ap- 
pelle le vrai courage. 

87. Il y a des circonstances où 11 est permis d'ex- 
poser sa vie. — Quand des intérêts supérieurs sont en 
jeu, il est noble, voire nécessaire d'exposer sa vie. On 
ne saurait trop louer le soldat qui, sur le champ de 









•.L'M 



~-'-*^ '^^•^ ,^ . 



c^ .oc -/L^ 



^M — ^, dj. 



44 



LEÇONS DE MORALE 



bataille, affronte le danger pour le salut de sa patrie. 
Le médecin, la sœur de charité, le missionnaire qui 
courent an devant de la mort pour soigner les pestiférés 
et porter les lumières de l'évangile sont dignes de notre 
admiration. En pareils cas, ce n'est pas la mort qu'ils 
cherchent, mais le salut de leurs semblables, le bien des 
âmes. Ils sont prêts à l'accepter, si elle se présente, 

_non parce qu'ils ont peur de vivre, mais parce qu'ils^ 

__désirent mieux vivre^ 

88. L'alcoolisme. - L'alcoolisme est l'habitude de 
boire des boissons spiritueuses, souvent et à petites 
_ doses, même sans aller jusqu'à l'ivresse. Il est un état 
résultant de l'usage habituel d'une quantité même faible 
de boissons enivrantes. L'ivresse est un accident. 
__Aussi bien il arrive fréquemment que l'alcoolique ne 
_^ejiiv^e jamais^ Les faits et la science proclament à 
l'unanimité que l'alcoolisme est on ne peut plus préju- 
diciable au corps et à l'âme^ Les liqueurs alcooliques" 
sont un poison lent mais sûr pour celui qui en fait un 
fréquent usage. Elles débilitent petit à petit l'orga- 
nisme, elles lui enlèvent toute chance de lutter efficace- 
ment contre ses ennemis et en font un terrain merveil- 
leusement préparé à recevoir la semence de toutes les 
maladies, surtout, de la tuberculose. Qui dira tout le 
mal fait par l'alcoolisme à, l'intelligence et à la volonté ? 
Ne sommes-nous pas tous les jours témoins des ruines 
intellectuelles et morales qu'il sème après lui .' Rien ne 
résiste à ce redoutable fléau. Il fournit la clientèle 
aux inaisons d'aliénés, aux prisons et aux hôpitaux. 
Combien nombreux ceux qui le maudissent parce qu'il 
leur a fait manquer un avenir rempli des plus belles 
espérances . Et au point de vue économique les désas- 
tres de l'alcoolisme ne se comptent plus. L'alcoolisme 



MOBALE SPÉCIALE 



46 



est donc un grand mal qu'il faut éviter à tout prix. 
Ce qui importe d'abord, c'est de le prévenir. On arrive 
à ce résultat en créant une juste mentalité à son sujet. 
Par un enseignement théorique et pratique les jeunes 
surtout doivent être mis au courant de ses méfaits. 
Quant à ceux qui ont déjà contracté l'habitude de boire 
leur cas est souvent bien difficile. Les alcooliques 
n'ont qu'une volonté très affaiblie, et c'est pourquoi le 
grand remède auquel il leur faut recourir, c'est la prière. 
Dieu seul peut leur donner la somme d'énergie dont ils 
ont si grandement besoin. Qu'ils s'enrôlent aussi dans 
les sociétés de tempérance, à condition, cependant, d'en 
observer scrupuleusement tous les règlements. 

89. Les disordres des sens. — Comme l'alcoo- 
lisme, les plaisirs désordonnés de la chair dégradent et 
avilissent l'homme. En voulant donner satisfaction à 
ses sens, le voluptueux mine son corps et ruine son intel- 
ligence. A force de commettre ces actions honteuses, 
il endurcit son cœur, il éteint toute sensibilité et en 
vient à mépriser tout ce qui est noble et beau. Il ne 
se sent plus de courage pour quoi que ce soit ; sa vo- 
lonté affaiblie se traîne péniblement dans l'ornière de 
la vulgarité et du vice. Ses satisfactions charnelles, 
il n'en jouit qu'en secret ; sans cesse il a peur d'être 
découvert. Mais un jour arrive où sa réputation est 
compromise. Tout l'échafaudage de son hypocrisie 
s'écroule et sa vie est pour toujours empoisonnée. La 
prière et la vigilance sont les principaux remèdes dont 
doivent faire usage les victimes du vice impur. 11 faut 
que les sens soient matés, soumis à une discipline sévère. 
La mortification sagement pratiquée leur imposera le 
frein capable d'enrayer leurs mouvements désordonnés. 



46 



LEÇONS DE MORALE 



vprité IT„_ • ■!• . '^ ' ^"Pr'me une grande 

vente. Lne civilisation mal comprise fait la «uerrë à 
la tempérance M«i« lo= »„:. i guerre a 

par gourmandise sans compter les conséquences néfastes 

91. Les devoirs envers l'inteUlgence. - Les de 

^m S "'^ .'''"*^"'^-- -nt aussi „.,JjAt" 
po«<r/,. Les premiers protègent l'intelligence contre 
ses ennemis qui sont l'ignorance et l'erreur! ils en Issu 
rent 1 exercice normal. Les autres concourent auTer" 
ectionnement de l'intelligence en lui procurant l'Ls 
rue on. L'^norance fait de l'intelligence u^e erre 
inculte abandonnée ; l'erreur l'ensemence d'idis fau, 
«es qui préparent de funestes moissons pour raveni " 
On fait disparaître l'ignorance et l'erreur par une cùl ' 
ture intellectuelle sagement ordonnée. D^ord tou 



MORALE SPÉCIALE 



47 



homme doit savoir ce qui est nécessaire à la conduite 
morale de sa vie, et ensuite, posséder les connaissances 
que requiert son état. C'est pour lui un devoir de 
conscience. 

92. Les devoirs envers la volonté. — La volonté 
est une faculté éminemment précieuse qui joue un rôle 
très important dans la vie de chacun ici-bas. Est-elle 
droite, ferme, énergique, alors elle est la source d'un 
bonheur et d'une paix indicibles, parce que, dans ce 
cas, elle éloigne tout ce qui ordinairement est cause 
d ennui et de chagrin. Est-elle, au contraire, languis- 
sante, faible, elle devient l'artisan du malheur, elle fait 
naître tous ces déboires qui gâtent tant d'existé ces. 
Il importe donc que la volonté soit bien éduquée. Et 
pour arriver à ce but, on doit la soumettre à certaines 
règles dont il a été question en psychologie. <» 



h 'j] 



CHAPITRE IV 

Les devoirs de l'homme envers ses semblables 

93. Les devoirs de justice et les devoirs de cha- 
M u."~ ' f^?'" ^^ l'homme à l'égard de ses sem- 
blables sont de deux sortes : les devoirs à^ justice et les 
devoirs de charûé. Les premiers sont exigibles en vertu 
d un droit strict. Les autres ne le sont pas. C'est un 
devoir de justice que de ne pas calomnier son prochain. 
Celui-ci a un droit strict à sa réputation. C'est un 
devoir de charité que de donner quelques sous au men- 
diant^ qui passe : celui-ci n'a pas un droit strict à 

(1) Cfr. Lésons de Psychologie, p. 66. 



48 



LEÇONS DE MORALE 



cor,u„e .ou,nê,ne, t«I e.st le grand précepte de lll'^l' 
L amour du proehain consiste à \nivor,loir dulun 
char t" 1- '"■ " "n'"'' '" '"' '""-^-''-tale deTa 
Xr!t H '^ ''"'"'"« ™"""ence par s'aimer ,„i- 

r„ , .r' '"" P'"^'"''"' ■' *^ ^«trouve, puisqu'il 

y <. ressemblance entre les deux. Par conséquent son 

Z7l :r T- ""-'"'■"- '*''"* ""- »■-' dire ;:• 

mem*, ,1 d... aimer au.si. , l,a similitude, en effet est 
k cause d.. ramour.-I)e plus, l'hon.me doit aimï 
Dieu et ses oeuvres. Or, .ses semblables. ..omn.e Tui 
sont l'œuvre de Dieu. ' 

Puisoue la ressemblance avec le prochain est la cause 
de 1 an.our que lV,n doit avoir pour lui, il s'ensuit qu'il 
y a des degrés dans cet amour, la similitude n'étant 
pas toujours la même. Ainsi il est évident que nous 
ne pouvons pas aimer „n étranger autant que nous- 
mêmes, que nos parents et que tous ceux qui nous sont 
nt.memen ums. Il y a plus de ressemblance entre 
1 homme et lu.-même. entre l'homme et ses parents 
entre I homme et ses amis, qu'il n'y en a entre l'homme 
et ceux qu. lu. sont complètement inconnus. Cepen- 
dant, à cause de cette similitude spénfique ~ tLon 
fondamentale de l'amour -qui existe entre to™Tes 
hommes, les uns et les autres doivent s'aimer, c'est-à- 
dire se vouloir mutuellement du bien. 



MORALE SPÉCIALE 



40 



95. Les principaux devoirs de charité. — 11 y a 
les devoirs d'humanité, de bienfaisance et de gratitude 
Les devoirs d'humanité sont très faciles à remplir, 
lels sont les «ecur, donné, dans différentes occasions, 
Undtcation du chemin à un étranger, l'offre d'un verre 
d eau à celui qui a soif, etc. Parmi les devoirs de bien- 
faisance il y a surtout l'aumône qui doit ôtre distribuée 
avec ordre et sagesse^ Viennent ensuite les devoirs de ' 
gratitude par lesquels on exprime à d'autres sa recon- 
naissance soit pour un service rendu, soit pour une 
marque de sympathie donnée dans le malheur Les 
devoirs de gratitude sont malheureusement trop négli- 
gés. Aussi a-t-oii dit non sans quelque raison que la 
reconnaissance n'est pas une vertu de ce monde. 

96. Les devoirs de Justice. - Les devoirs de justice 
_ ont pour objet les droits du prochain. Celui-ci a droit 

a la vie, à son honneur, à sa liberté et aux biens matériels 
qui dans les vues de la Providence lui i.rocurent une 
certaine aisance, une certaine prospérité. Les devoirs 
de justice à l'égard du prochain comprennent donc le 
respect de la vie, le respect de l'honneur, le respect de la 
liberté et le respect des biens matériels. 

97. L'homicide est défendu. - L'homicide est 
1 acte par lequel un particulier, de sa propre autorité, 
sans motif plausible, enlève la vie à son prochain. L'ho- 
micide lèse les droits de Dieu, les droits de la société 
et ceux de la victime. Dieu seul est le maître de la 
vie humaine. II peut en disposer comme il le veut, 
bur cette terre, c'est le pouvoir public, son légitime 
représentant, qui a le droit d'infliger la peine de mort 
aux coupables. - La société, pour remplir sa mission 
a besoin de tous ses membres. Celui qui l'en prive 
par homicide, ne fût-ce que d'un seul, la blesse donc 



so 



I.BÇ0N8 DE MOBALE 



-Quant à la 



châtiment exeZate ïa "'"""'""* '^'«"^ 'l'"» 

proche pare„,ï;-, ^^^ ^"."11^^^ "" 
parncde o„ matricide universellement Cuv""'^ 
. 98. le cas de léjrlUme d«fense — On»i > 
injustement attaqué sans qu'il v ait l.. ^" "" "'* 
- part. L-agresseur attente 1 LTurs'^ToT"" ''" 
garder sa vie il a Hrnif A . , . """^ sauve- 

enlever. parle que d t 1 ''''./"7 ™'"i <ï"i veut la lui 
défense Llpersoùnt att' - '^""^ '^ '"^ '''' '^'"'^-^ 
aon existence et ne nasîr" " "" ''™* ""^"'"«^ « 
quand on le p^ut c W , n ""TT'" '=""" *'^'«tence. 
part. lVresser;';u dTo tTsaM: "^H '')"*'^ 
viennent donc en conflit ALr!"' ,Y" :^''"'"^'°''' 
lement le plus fort qui remporte O ï 'f "'°"'- 
légitime défense le Hr„u j p- ' ""'"^ '« «^«^ de 

le plus fort En eff.? '°"°'^'"' ^^* moralement 

agresseur de conserver sa vie est ^1,'" " "^^-T 
PU^cilestÏ.2--:-vuede^n.., 

dircrertir:^ - -r "^' 

multiplier ses crimes et ouTrah d-te" ''•?'*"'"'* ' 

Cependant l'homme quTse lélnd doit""""":;""'- 

certaine modération. c\st diÏtuVrit"f2re Z 



MORALE SPÉCIALE 51 

hors d'état de nuire ""^^^'^ " '^«"•n'" 

vertu d une convention réelant 1p t»™^ i ,r ^**' ,*° 

rit r'ïï^'""- 

son égard et à 1 égard du prochain. En effet il faut 
"u luciue 1 exposer a un péril certain n- ;i 

Te oZrÏ ïr "''•'°^" '•"^ ^^" infiSë„t?aVe 
accorde semblable permission dans le cas du duel où 

aussi ridi"T"° ""*' sérieux mais seulement un but 

^oi-méme demardT.utV:^;-^^^^^^^^ rvTTe S 
précieux de tous les dons naturels ici-bas I J'on „" 

i^zzri '" • '''^^^"'- déraisoLirdrso": 

passion desordonnée. Le duel »«» <>„ » 

l'ensemble des membrerde U "'* .^?™''' '""««^e à 

scandale qu'il cause Et n T ^' *° ""°" •*" 

la barbarie des mœur, ,?ri^" '' *'"? ' "^'"«'"PP- 
. mœurs, n est donc un danger pour la 

(1) Cutelein, ouv. cit., p. 97. 



52 



LEÇONS DE MOBALE 



• *^]'l** î"^"*»"»- ^ duel compromet gravement le. 
intérêts de la vérité et de la vertu. «'"^»°"'"' '« 

100. le duel Judiciaire, le duel public. - Le duel 
judiciaire est un combat commandé par l'autorité publique 
P^ une cause privée. Il a existé au moyen-âgr Sou- 
vent impuissante à faire la conciliation entre l'accusé 

dfvVn! P T ''"'"''•-- ^ffietafitj'intervention de la 
.dmne Providence en faveuLdeTÏMocent. ~ L'histoire 
rapporte que Charlemalif^^hniEiSiiT^ri^t i,X°'^* 
usage superstitieux. Le duel public est un clfta 
commandé par l'autorité publique pour «„. cZeT^bU- 
que. Un exemple typique de ce duel, c'est le combat 
légendaire des Horaces et des Curiaces. S'il était pos 

aurait la nen ce semble, de contraire au droit .Naturel 
Le duel a été introduit en Europe par l'invasion des 
barbares. En 1752 Benoit Xiv'a conda^é eolme 
«fausses scandaleuses et pernicieuses» cinq oropo" 

ment dit dont .1 est question au numéro précédent. 

101. Aucune raison ne légitime le duel - Les 
SêtuTM" ^'"''r'^r^' P'"-urs motifs en favt^r 
obligent l^T- , '^r*"''""- ''*«»«'"'^ disent-ils. 

duel S'n r f" "■.''""" * "'^''P*" •*« - battre ei^ 
son »v !' ^^''"^ P°"^ "" "'^he et souvent 

son avemr sera à jamais brisé. Ils ont soin d'ajouter 
que le duel est une excellente occasion de faire montre 

l'homme"":"''' ""'" ''^"""^ »" '"««-*« -*"^"de 
1 homme et que, pour toutes ces causes. les pouvoirs 
publics tentent vainement de le faire dispar^tre. - 
Toutes ces raisons s'appuient sur une fausse suppo- 



MOBALE SPiciALE 53 

sition. Elles laissent entendre que le duel est l'union, 
moyen de réparer l'injure faite à l'honneur et de donner 
une preuve tangible de son courage. C'est en cela 
que se trompent précisément les tenants du duel t 
on veut décider une queston d honneur que l'on 

a /tw M • "*■'.• '' ^"^"«K'eur a rai,<,„, le vaincu 

u tort. ^a,s ne voit-on pas tout de suite comWen 

-ctê:'rLa î' ^TJ"""''-'^- -t cette façon de po-" 
-£M« LLa plupart du temps, le .rai coupable est le^ 

a^uTôte" V ""' "^r '"'"'-' ''^°~ * - victime! 
a lu. ôte la vie . - L'opinion publique est souvent et 
gravement égarée sur la nature de l'honneur perlonLl 
S Zr'^^t'^" '"' '^°'* P''^ ^*- ordiSment 

pas bon ou mauvais seulement parce qu'il est conforme 

Inll K j "'""^^ P"' P'"^ 1"« '« suicide. Cette 

caractère dont fait preuve celui qui refuse de se battre 
parce que les lois divines le défendent, quoi qu'en 
pensent et quoi qu'en disent tous ceux - et combien 
nombreux -qui font plus de cas des jugementT des 
hommes que des commandements de Dieu "vafn 

Ssl'urTt'"H'"'' 'T''' "PP^' ^"'^ instincfs nZ 
meuZ '"'*'^"' '"^ gouvernements qui per- 

les 21"/"^"'^'°.* "'''" ''"'•°" •'"tare de régler 
les différends. Sans doute les gouvernements n'ont 

V.W mar"" ^■''''"''' *""^ '^^ ''^f-*- '-"" 

S Te h'" r*""'' "" ''" "' '^°'^^"' '''"«' «'«^t d'eu 
limiter le. développements, d'en empêcher les effets 

qm. co^^e le duel, sont contraires fl'ordre pubUe 

Au demeurant, si. comme on le prétend, le duel est un 



64 



LBÇON8 DE MORALE 



effet nécessaire de» initincta naturels, comment se fait-il 
qu'il n'a pas été pratiqué par tous les peuples ? 

102. Devoiri à l'4f«rd de l'InteUifenea et de la 
▼Olonté du p' jh»ln. — A part la vie corporelle, il y 
a aussi chez ie prochain la vie de l'âme. C^ellc-ci apt 
par les deux nohle» facultés qui font surtout l'homme : 
l'intelligence et la volonté. Il faut donc respp'-ter l'in- 
telligence et la volonté du prochain. Or l'intelligence 
et la volonté agissent normalement lorsqu'elles tendent 
vers la vérité et vers le bien. Le prochain a droit à ce 
qu'on éloigne de lui tout ce qui est de nature à favoriser 
l'erreur et le mal, comme le mensonge et le scandale qui 
sont tous les deux intrinsèquement mauvais : le men- 
songe parce qu'il détruit l'ordre établi par Dieu : la 
parole en effet nous a été donnée pour exprimer nos 
pensées, et si nous l'employons pour dire le contraire de_ 
_ce que nous avons dans l'esprit (c'est en cela que consiste 
le mensonge), nous faisons le mal ; le scandale, parce 
qu'il viole la grande loi de la charité qui nous défend 
d'entraîner le prochain au mal d'une façon quelconque 
(c'est en cela que consiste le scandale). 

103. Respect de l'honneur du prochain.— L'hon- 
neur est un bien inestimable dont la perte compromet à 
jamais l'existence. Chacun ici-bas a besoin de son 
honneur s'il veut remplir comme il faut le rôle à lui 
assigné par la Providence. En effet l'homme a le droit 
de compter sur l'estime de ses semb'ables, estime résul- 
tant de sa probité ou de ses talents reconnus (c'e.st la défi- 
nition de l'honneur). C- pour lui un stimulant au 
bien et en même temps une source de joies réelles et 
légitimes. La réputation est d'un si grand prix, que 
la Sainte Écriture nous dit : « Ayez le souci de votre 



MORALE nptciAhr, 



66 



renommée ». cvram habe de bono nomine. "> On porte 
atteinte à l'honneur du prochain par routrage, la 
calomme et la médùancc. L'outrage e,t une parole, une 
action par laquelle on manifeste son mépris au prochain. 
l.a calomme met à son compte certains défauts, cer- 
tains vices, certains crimes qui ne sont pas vrais. La 
midyance révêle sans raison des actes dont le prc^hain 
8 est rendu coupable. Elle parle à plaisir des défauts, 
des vices du prochain, et toujours avec exagératiou. 
i^ tort fait à I honneur du prochain doit être réparé. 

104. Respect de la libertt du prochain. - L'hom- 
me jouit du grand privilège de la liberté. '" Il peut à 
son gré faire des actes qui ressortissent à son corps et à 
son âme. Il a droit à sa liberté et peut en faire usage, 
pourvu qu il ne lèse pas un droit supérieur. On peut 
porter atteinte à la liberté corporelle de .son prochain 
par la pruon, la séguestration et Ve,clavage. Les prison, 
aont aux mains des pouvoirs publics, et souvent elles 
sont nécessaires. Mais il y a atteinte grave à la liberté 
corporelle, chaque fois qu'on emprisonne un homme 
notoirement innocent ou accusé faussement. Sont 
aussi gravement coupables ceux qui. sous prétexte de 
vigilance, séquestrent à tort leurs enfants, leurs femmes 
ou leurs vieux parents. La gravité de la faute varie 
selon la condition de la personne séquestrée, suivant le 
degré de liberté dont elle est privée. L'esclavage est 
condamné par la raison et le christianisme comme 
injurieux a la dignité humaine. 

Le prochain a aussi droit à la liberté de son intelli- 
gence et de sa volonté. Ainsi, sans subir aucune vio- 
lence^il a le droit de donner son vote conformément à 

(1) Eccli, jtu, 16. 

(2) Cfr., Leçons de Psychologie, p. 69. 



60 



LEÇONS OE MORALE 



■a conscience, 11 jjeut aussi, dans une certaine mesure, 
et sans manquer de respect pour les pouvoirs établis, 
par la voix des journaux, ou par de» conférences, cri- 
tiquer tel ou tel acte public vraiment repréhensible, 
donner ses préférenceii à un parti politique d'ailleurs 
non condamnable, pe prononcer pour telle ou telle forme 
de gouvernement. C'est ce qu'on appelle I liberti 
politique. Quant à ses opinions scientifiques ou philo- 
sophiques, le prochain a-t-il la libert/ i!» les manifester 
sans aucune contrainte ? Il est éu'Ji nt qu'il ne peut 
pas, lorsqu'elles sont fausses ou dangereuses, énoncer 
ses idées et les communiquer aux autres. Il y aurait 
péril pour les individu» et pour la société. Seuls la 
vérité et le bien >. t de» droits. Il n'a pa» non plus le 
droit de penser ce qu'il v«ut de Dieu et de la religion 
catholi<,iir ■■ de professer n'importe quel culte Cette 
liberté, ipielée liberté de conscience e»t en elle-même 
impie. Cependant, pour éviter un plus grand mal, et 
^ vue « d'un bien plus grand ù obtenir ou à conser- 
' '", la liberté de conscience peut être tolérée. 

105. Bespsct de la propriété du prochain. — Le 

respect de la propriété suppose que le prochain a le 
droit de posséder, « le droit de jouir et de disposer 
d'une chose à l'exclusion des autres », c'est-à-dire le 
droii de propriété. Ce droit est natvrel, il est basé sur 
la nature de la personne humaine qui, sans lui, ne peut 
atteindre convenablement sa fin. L'homme, en effet, a 
le devoir de travailler à l'épanouissement de toutes ses 
facultés. Pour cela, il faut qu'il possède quelque 
chose : des aliments nécessaires à sa subsistance, des 
instruments de travail, etc. 11 a encore besoin, pour 
progresser, d'une certaine liberté, d'une certaine sécu- 

(1) Léon XIII, Libéria) praêtantittimum. 



MORALE «PÉOIALI: 



67 



nté de certain. lo,«„. que «,ul peut lui pr.Kurer le 
droit .nmo/aW, à la propriété. Autrement il soraif à 
J. merci de toute éventualité, et partant, in.apable 
d arriver à ,a fin. - U travail de rhomn.e Ic^ ti„,e 
encore .son droit à la propriété. La terre inculte- 
n appartenant à personne- ,,''il remue, qu'il ense- 

activité, et donc, sa personne, ou quelque chose ,1e lui- 
même. .Mm que de choses sont nôtre, non ,.„s dans 
_^ mesure où nous en avons besoin mais dans la mesure^ 
_0ù^lles sont h fruit de notre travail. 

Le droit de propriété n'est pas l'apanuKe exclusif de 
L„ ^""".T, "* ?»""'i^'<',., il appartient encore à la 

posséder? La sécurité des enfant., du père et de la 
mère, comme celle des citoyens, exige que la famille 
et la société aient une certaine réserve de biens dont 
la Joms.sance exclusive leur soit assurée. - Disons 
encore que le droit de propriété répond «ux tendances 
de la nature humaine. X'est-il pas vrai que Dieu a 
mis au cœur de tout homme un penchant très prononcé 
pour la propriété? Et d'ailleurs chez les peuples les 
plus anciens Ion constate l'existence du droit de pro- 
priété. C est là l'indice certain d'une loi de nature. 

106. Les adversaires du droit de propriété. - 
Ceux qui nient le droit de propriété s'appellent xocia- 
l^^tes. On les ramène à trois groupes : les partageux. 
les eommum^e, et les collectivi,te.. Les partageux de- 
mandent que 1 égalité soit établie entre fous les hommes 
par une parfaite répartition des biens meubles ou im- 
meubles. - Dans ce cas la portion de chacun «erait 
bien médiocre. Au surplus, l'égalité disparaîtrait 



58 



LEÇONS DE MORALE 



II 



bientôt, étant données les capacités diverses de chaque 
membre qui s'ingénierait à augmenter sans cesse son 
pécule. Les commtmistea veulent que tous les biens 
soient mis en commun et que chacun y prenne suivant 
ses besoins. — C'est encore là une chimère irréalisable, 
«ui sera juge de ces besoins ? De plus, cette commu- 
nauté de biens sera le coup de mort de toute industrie, 
_deJoute initiative. Personne, en effet, ne sera encou-" 
rage au travail en songeant qu'il peine pour satisfaire 
les appétits de son voisin. Le père de famille, avec 
pareil système, n'a pas même la légitime consolation 
de léguer quoi que ce soit à ses enfants. Mais, dira-t- 
on, chacun prendra selon sa capacité et son travail 
Alors l'égalité rêvée par les communistes disparaît. 
Les collectivistes veulent que tous les biens et les instru- 
ments de travail appartiennent à la collectivité qui 
doit gérer la fortune de tous et encaisser les bénéfices. 
Au moyen de bons distribués suivant la tâche fournie 
chaque ouvrier peut se procurer, dans les magasins de 
1 association, tout ce dont il a besoin pour lui et pour 
sa famille. — La théorie collectiviste ne supprime pas 
1 inégalité. En effet, la tâche fournie par chacun n'est 
pas la même, et, par conséquent, tous ne seront pas 
rétribués de la même façon. Celui qui fait plus, a droit 
de recevoir plus que celui qui fait moins. Ajoutons 
que ce système, parce qu'il fait disparaître l'épargne 
individuelle, tarit la source de toute ambition. Pour- 
quoi s'ingénier à perfectionner son travail, à le faire de 
mieux en mieux quand on n'a pas la consolation de 
toucher au revenu qu'il produit.» Le collectivisme 
compte sur l'épargne de l'association, c'est-à-dire de 
1 Etat. Celui-ci. c'est le témoignage de l'histoire, est 
un grand dissipateur. Et s'il parvient à éviter la ban^ 



MORALE SPÉCIALE 5g 

queroute c'est grâce aux fortunes privées auxquelles il 
_ fait appel très souvent. "«queues ii^ 

JT' '* 5""**«"' sociale. -La question sociale 
est le problème que fait naître dans la société la S! 

et es nches ceux qu. travaillent et ceux qui ne tra- 
vaillent pas, es privilégiés et les déshérités de la fortune 
Tout cela cré.. une inégalité, cause bien des misères et 
islinT ""7"'- '" "''' ^'' '''''''' inférieures à 

etêt tableT'pi"' " """•''-'-* P- des acte 
rrwl V P'"^'^"" »"t tenté de résoudre ce grave 

problème. Les diverses solutions présentées sont de 

On sait deja que les socialistes de tout acabit rendent 

xis^nrEt'îl "'r"^ '"'"'"^■"'•' '^' ""«"-Tu 
existent. Et ils ont proposé différents remèdes oui 

nous 1 avons vu (106), .ont aussi inefficaces les uns Zè 

les autres. Quant à la solution morale, elle est ceHe 

de 1 Église catholique. On la trou.e exposée Iroût 

dans les encychques de Léon XIII et de Pie X. Ce, deux 

pontifes ont bien soin de rappeler cette grande vérité 

à savoir que l'inégalité des clas.ses est voulue par D eu 

Légalité est un. chimère irréalisable, une utopie il: 

«•née par les socialistes. Ensuite, aux riches comme 

aux pauvres, aux patrons comme aux ouvrieTn 

enseignent leurs devoirs réciproques. Mieux ces d voir 

e?m serait t'"* ''■''"'''' "^'"^ ^'^^ disparaîtront 
les misères dont tous gémissent. Ceux qui ont de la 

fortune je doivent pas vivre dans l'ois'veté. Qu'it 
^emploient leurs richesses à faire rayonner autour d'eùr 
_ plus de joies et plus de bien-être O..^ I„ . 

traitent leurs empU non eomm: def eie^ ma": 



60 



LEÇONS DE MORALE 



""': î 



■î- >--'< 



avec le respect que comportent la personne humaine 
et ses besoins. De leur côté, les ouvriers et les pauvres 
ont aussi des devoirs à remplir. Qu'ils ne jugent pas 
leurs patrons trop hâtivement ou d'après les carica- 
tures qu'en font les prétendus amis de la classe ouvrière. 
Tous les employeurs ne sont pas des ambitieux cher- 
chant à s'enrichir aux dépens de leurs subalternes. 
» Les patrons ont une grande responsabilité et aussi très 
souvent une somme de travail à fournir beaucoup plus 
considérable que celle de l'ouvrier. Le respect de ses 
maîtres, la noble ambition de faire bien sa besogne, la 
prévoyance, l'épargne, la tempérance, l'accomplisse- 
ment de tous ses devoirs religieux, voilà autant d'ar- 
ticles qu'un véûtable ouvrier doit inscrire à son pro- 
gramme quotidi'n. C'est à cette seule condition qu'il 
trouvera du boi.heur à faire sa tâche de tous les jours, 
si humble soit-elle. 



r>H 



CHAPITRE V 



La aociêté familiale 



108. Définition de la société. — La société est une 
assemblée d'hommes qui, sous une même autorité, tra- 
vaillent à une même fin par des moyens communs. La 
société se compose donc de deux éléments essentiels : 
les sujets et Vautorité qui les gouverne. Sous la direc- 
tion de l'autorité les membres de la société unissent 
leurs intelligences dans la connaissance d'une même 
fin, et leurs volontés dans l'effort commun pour la 
réaliser. Or l'objet de l'intelligence, c'est le vrai, celui 
de la volonté, c'est le kien. La fin de la société est 
donc de conduire ses membres au vrai et au bien. 



MOBALE SPÉCIALE 



61 



100. Diflérentes espèces de sociétés. — Il y a la 

société naturelle — celle qui tend immédiatement vers 
un bien terrestre, — et la société surnaturelle — celle 
qui tend immédiatement vers un bien supérieur et 
divin. La société est parfaite lorsqu'elle possède toutes 
les ressources nécessaires pour arriver à sa fin, et que 
cette fin n'est pas subordonnée à une autre dans le 
même ordre. La société est imparfaite quand elle ne 
peut pas par elle-même atteindre son but, et est subor- 
donnée i une autre dans le même ordre. La société 
parfaite est ecclésiastique et laique. Celle-ci à son 
tour se subdivise en société domestique ou familiale, 
civile ou nationale, et internationale. 

110. La famille. — La famille est la société constituée 
par le père, la mère, les enfants et les sertnteurs, sous une^ 
mêm e autorité qui est celle du père. La famille résulte 
d'une triple union : union du père et de la mère, 
appelée société conjugale, union des parents et des 
enfants, ncnimée société paternelle, union des servi- 
teurs et du chef de famille, laquelle constitue la société 
domestique. 

111. Importance de la famille. — La famille joue 
un grand rôle au point de vue moral et au point de vue 
social. 

A. Importance de la famille dans l'obdbe 
MOBAL. Pour les parents comme pour les enfants la 
famille est une excellente école de vertu morale. Les 
père et mère aiment leurs enfants, et à ca .se de cela, 
ils veulent leur bonheur, ils désirent éloigner d'eux 
tout ce qui pourrait leur nuire. Ils savent bien que 
le moyen le plus apte pour exercer leur paternelle 
influence auprès de leurs fils et de leurs filles, c'est 



62 



LEÇONS DE MORALE 



; -^ 



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toujours le Ion exemple. Aussi, dans toutes les cir- 
constance?, i's doivent faire taire la voix des passions 
et marcher dans le droit chemin. De plus, cet amour 
bien compris nécessite de leur part des sacrifices très 
coûteux ; cet amour donc, est une source de dévoue- 
ments généreux, d'abnégation continuelle, dévouement 
et abnégation qui assurent le bonheur et la stabilité 
des familles. — De leur côté, les enfants, déjà enclins 
par instinct naturel à aimer leurs parents, témoins des 
actes vertueux de leur père et mère, conçoivent pour 
eux une estime faite d'une solide vénération et d'un 
sincère attachement. Ils n'ont besoin d aucun effort 
pour marcher sur leurs traces, et, ainsi, comme saturés 
par les bons exemples du foyer paternel, ils grandissent 
dans la pratique des vertus et deviennent pour la 
société des sujets recommandables. Il est donc vrai 
de dire que là où le père et la mère comprennent leurs 
devoirs, la famille est un sanctuaire de vertu morale. 
Heureux les enfants qui y naissent et y vivent ! 

B. Importance de la famille dans l'ordre 
SOCIAL. La valeur morale d'une société dépend de 
celle des éléments qui la constituent. Or la société 
se compose des familles comme d'autant de cellules 
vivantes. Plus ces dernières sont fortes, exemptes de 
tous germes morbides, plus la vie coulera dans l'orga- 
nisme, abondante et généreuse. Aussi bien, pouvons- 
nous dire, les familles sont le baromètre de la société. 
En effet — c'est le témoignage de l'histoire — la déca- 
dence de certaines nations, les orages qui ont amené 
leur ruine, comme leurs périodes de progrès et de pros- 
périté, ont toujours été la suite naturelle et inévitable 
des baisses et des hausses de la moralité des familles. 
Ajoutons que, par son expansion hors du foyer domes- 
tique, la famille agrandit son champ d'activité, donne 



MORALE SPÉCIALE 



63 



de l'élan au commerce et à l'industrie, et partant, con- 
tribue au développement de la puissance sociale. 

112. Le mariage est le fondement de la famille. — 

Le mariage est l'union librement consentie et indisso- 
luble de l'homme tt de la femme. Cette union constitue 
la société conjugale, et, parce que de cette société sont 
issus les enfants, on dit avec raison qu'elle est la base, 
le fondement de la famille. Le mariage a pour but 
principal le bien des enfants, et, secondairement, Vassis- 
tance mutuelle des conjoints. Jésus-Christ a élevé le 
contrat matrimonial à la dignité de sacrement. Quoi- 
que voulu par Dieu, le mariage, cependant, n'est pas 
prescrit à chacun en particulier, mais seulement aux 
hommes en général. Aussi il n'est pas obligatoire ; 
et, par conséquent, mal inspirés sont ceux qui condam- 
nent le célibat comme immoral. La société conjugale 
est constituée sous l'autorité de l'homn?". Celui-ci, en 
effet, par certaines qualités, est supérieure à la femme, 
laquelle, toutefois, ne doit pas être l'esclave de l'homme, 
ni sa servante,_mais sa compagne. 

113. Indissolubilité du mariage. — L'union libre- 
ment consentie entre l'homme et la femme doit durer 
toute la vie. Seule la mort de l'un ou de l'autre conjoint 
peut la rompre. Ni les époux, ni aucune autorité 
n'ont le droit de briser le lien matrimonial. Plusieurs 
raisons militent en faveur de l'indissolubilité du ma- 
riage. Voici les principales. 

A. Le bonheur des enfants réclame l'indisso- 
lubilité DU mariage. Les parents ont le devoir 
strict de travailler au bien de leurs enfants, et cela 
durant toute leur vie. Comment pourront-ils satis- 
faire à cette obligation si, à un moment donné, il leur 
est loisible de se séparer .' La grande œuvre de l'édu- 



64 



LEÇONS DE MOHALE 



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t. 



ln}°A ""*! '?. '"*""?"" ™''*''>" '1'='' <•«'"'• Au père 
elle demande l'autorité et la force, à la mère, la per- 

viendront les enfants? Si on les confie au père, il» 
prendront nécessairement la part de leur mère injus- 
tement mal raitée et n'auront que du mépris pour lui 
et sa nouvelle compagne. En restant avec leur mère 

thies du nouveau conjoint qui ne sera pas du tout 
encourage a travailler péniblement pour soutenir des 
enfants a lu. imposes, qui ne sont pas siens et dont le 
père est encore vivant. La situation ne sera pas meil- 
leure SI 1 on donne les fils au père et les filles à la mère 
Alors ce sont des colères nouvelles qui s'éveillent et 

iZhfJr" "i" /* ?"«''8«"t : «=« «ont des générations 
JMirées par la haine et des vies à jamais brisées. ' 

».T,U "'''' ""^ ""^ ^"'"'^''^ DEMANDE L'iNDTSSOLU- 

BiLiTÉ DU MABiAOE. Les familles, nous l'avons vu. 
sont un sanctuaire sacré où règne la vertu morale et 
d où sort, pour rayonner sur toute la société, une bien- 
faisante influence. Elle est une école où se forment 
les citoyens de demain. Au foyer les enfants appren- 
nent a obéir a respecter l'autorité, et les exemples dont 
Ils sont quotidiennement les témoins les stimulent au 
b en. I our eux eurs père et mère sont l'image vivante 
du pouvoir dont ils dépendront plus directement quand 
Is .seront devenus chefs de famille. La séparation de 
leurs parents, outre le scandale qu'elle donne, les fait 

fait des mécontents, des insubordonnés, et souvent de 
tr tes sujets, bans compter que tous les désordres 
qui s ensuivent, les haines, les procès, mettent la riva- 
ge entre un bon nombre de familles et troublent la 
paix, condition vitale de toute société. 



MOBALE SPÉCIALE 



6S 



C. Le bonheub deb époux veut que leub union 
SOIT INDISSOLUBLE. En Sachant qu'ils vont s'unir pour 
toujours, les futurs époux sont plus prudents dans leur 
choix, ils tiennent compte davantage de leur caractère, 
de leurs goûts, de leur degré de culture. Il suit de là 
que les mariages sont plu.s sérieux et mieux assortis. 
Au contraire si l'union ne devait être que transitoire, 
si l'un des conjoints pouvait, pour un prétexte quel- 
conque, laisser l'autre partie, le sort de l'un et de 
l'autre, surtout de la femme, serait bien à plaindre. 
Le mariage, institution divine, deviendrait alors affaire 
de caprice, une source d'ennuis pour ceux qui le con- 
tractent. L'amour sain, l'amour raisonnable, son prin- 
cipe, en serait à jamais banni. 

114. Futilité des raisons invoquées en faveur 
du divorce. — L'indissolubilité du mariage est l'objet 
d'une foule d'objections dont la futilité saute aux yeux 
de quiconque veut réfléchir. Pour répondre à ces 
objections, il est nécessaire de rappeler, avec saint 
Thomas, que, dans la question du mariage, « on c on- 
sidère avantage ce qui convient au grand nombre, 
que ce q ui regarde un cas particulier »^ Qu'il y ait 
certaines circonstances où le mariage devienne un joug 
intolérable, alors par accident, pour le bien privé, celui 
d'une famille, la séparation de corps qui laisse indisso- 
luble le lien matrimonial peut être accordée. Mais le 
irien général demande que cet homme et cette femme 
momentanément ou perpétuellement séparés ne puis- 
sent contracter un nouveau mariage. — Mais, dit-on, 
le mariage est un engagement libre. Pourquoi ne 
pourrait-on pas le dissoudre avec la même liberté ? — 
L'acceptation libre ne change pas la nature de ce qui 
en fait l'objet. Le mariage, il est vrai, est un contrat 



66 



LEÇONS DE MORALE 






Ubre mais de sa nature il est indi„oluble. Autre chose 
est de s engager librement et autre chose est deîen! 
gager p«„r toujours. -S\ l'on permettait le divo^e 
complet pensent quelques-uns. beaucoup de maux dT,! 
paraîtraient. -- La plupart de ces «aux. s'ils so't rée ! 

Admettons même que dans certains cas le seul remède 
efficace so.t lu dissolution du contrat. Alor., quelle 
règle audra,t-ii suivre ? Quels sont les cas où le divorce 

ZSlmTcV'T "'.'^ ^-"'^ réparation de 
corps suffit ? Cette règle est impossible à fixer. Cha- 

tou"te"; ;"" '' •^'^"''^^ '°^^'''' - -«t 1" porte 
toute grande ouverte à des désordres sans nombre 

115. Le mariage et le pouvoir civil. _ Étant le 

£:rw f' '"•l""'"'^' '*"'"*"''' à -" tour, est un 
liment*inH- ^7'*/ ?'^"«' '« -"iage n'est pas abso- 
lument indépendant du pouvoir établi. Pour ce qui 

iTbrel'n."'""''' '""'"'• '" """' ""« '^""'"t indissoluble 
librement passe entre les deux conjoints, le mariage 

c est le hbre consentement de l'homme et de la femme 
qui le constitue. U droit divin et ecclésiasriqunn 

dlisTa" -" ""''"°"^- ^^-P-d«nt. le bon ordre 
dans la société veut que la famille accepte certaines 
charges, soi soumise à certaines obligations. AinsTîe 
pouvoir civil peut faire des lois au sujet des héritages! 
imposer des taxes, etc. C'est pourquoi pous dison 
établf. ''■ ''"" "' '-^^^ '"*' ''^P-'» d" pouvoir 

116. Les devoirs des époux. -Avec l'exemple 

ment fidêhté et apport. Pour vivre en paix, Is sont 
tenusdadopteretdepratiquercequesainipa^lappelÏÏ 



MORALE SPÉCIALE 



67 



« la loi du Christ,» c'est à-dire de » ne rien faire souffrir 
i, personne et souffrir tout de tout le monde ». Au 
man incombe le devoir d'appiii, de protection physique 
«t morale, envers sa femme. C'est lui aussi qui par 
jon travail est obligé de pourvoir à la aubiiatance et à 
la sécurité communes. Quant i la femme, elle doit 
toumission et déférence à son mari. Son rôle se fait 
sentir à l'intérieur, il consiste avant tout à mettre la 
joie au foyer et à maintenir l'ordre dans le ménage. 



CHAPITRE VI 



La société familiale (suite) 

117. Devoirs des parents envers leurs enfants.— 

Nous pouvons dire que tous les devoirs des parents à 
l'égard de leurs enfants se ramènent à l'éducation. En 
effet, pour atteindre la fin du mariage les époux ont 
l'obligation stricte d'élever leurs enfants, c'est-à-dire, 
de travailler à leur développement physique, intellec- 
tuel et moral. Ils doivent donc les nourrir, et leur 
enseigner avant tout la pratique de la vertu et leur 
procurer les connaissances néres.iaires au aahit. 

Quel degré d'instruction profane les parents sont-ils 
obligés de donner à leurs enfants ? Le devoir des pa- 
rents va-t-il jusqu'à les commander d'envoyer leurs 
enfants à l'école ? Sans doute serait nt gravement cou- 
pables les parents qui, sans motif plausible, laisseraient 
croupir leurs enfants dan< l'ignorance. Mais, il ne 
faut pas l'oublier, ce que la iuslice demande «U* parents, 
c'est de faire de leurs entants de lions chrétiens, des 
citoyens honnêtes, capables de gagner honorablement 



68 



LEÇONS OE MOBALB 



1 



CenCtn '**^f "''.'P-" strictement „éce..ie. 

11,.]' T; •'""""'** ""^ P"'"t» «!« •»<>■">" ou 
mor!.T" *.''"" *"'""*" ""«> instruction plu. ou 

Le droit à I éducation des enfants est un droit con- 
féré aux parents par la nature elle-même. C'est un 

droit à la fin. ils peuvent aussi choisir à leur guise le. 
moyens jugés les plus aptes à les y conduire Cert 

tho^es r"" '""'"*'"" '^'' '"''''■°"'' «l'étude, les mé 

leur a ctr '"" ^^ '"ïr "'*" '*''°* '" Providence 
~U T? *""**• ""•' '*"'« «"torité leur est. en 

Sâkrfrir '/'^"V''"''"'"'"'"''" = c'est l'Égiise. 
Wuant à I Etat, toute tentative faite par lui contre le 

iSZT? "' '" '""^^ «'^terminatLs. en™ SL 
reïat,^: r J? """""""' paternelle, mérite le nom de 
vexation et d oppression.» ") 

reslTri?*',-'' ''« ''^''"'"'tion religieuse, elle est du 

les m„i^r ':?'';.'"""'*"*' ■'" P»™»ts „« sont que 
les mandalatre. de l'autorité religieuse. Ils ne perdent 
pas pour cela leur droit, mais ils le subordonnent au 
dro t divin qu, est supérieur à celui conféré par la 
nature aux parents. '^ 

es/la„!i'"'""^**? •**" " famlUe.-La famille 
est la première école que fréquente l'enfant. L'éduca- 
t^u II y puise aura une grande influence sur toute 

(1) L.-A. Paquet. I'É,it„ a fEducalion. pp. 258-257. 



MORALE SPÉCIALE 



m 



M vie puisque ce sont \es leçonit reçus dès l'âKi- te 
plus tendre qui »e gravent le mieux dans l'esprit, et 
partant, produisent les fruits les plus durahlt-s. Il faut 
donc que l'éducation des tout petits soit hieii soignée : 
leur bonheur en cette vie et dans l'uutre en dépend. 
C'est dire que les parents, pour être fidèles à leur 
mission d'éducateurs, doivent connaître et apprécier, 
comme ils le méritent, les lourds devoirs de leur charge. 
Nous ne saurions faire mieux ici que de citer textuelle- 
ment un passage de la belle lettre pastorale que les 
pères du premier concile plénier de Québec écrivirent 
en Tanné' 1909. Cette lettre admirable traite de 
« l'esprit chrétien dans l'individu, dans la famille et 
dans la société ». Voici ce que les pères disent au 
sujet de Védncation dans la famille. 

« Pères et mères, sachez-le bien, le foyer domestique 
est la première école de l'enfant ; cette école peut à la 
rigueur remplacer toutes les autres, mais die ne peut 
jamais impunément être remplacée par aucune. De 
cette école vous êtes les maîtres, et l'enseignement que 
vous y donnez ne relève que de Dieu . . . L'Ame de 
votre enfant, enveloppée dans lu chair et comme cap- 
tive des sens, attend de vous seuls l'acte éducateur qui 
la tirera de sa prison, et l'impulsion bienfaisante qui 
Vélèrera vers la vérité, vers le devoir, vers Dieu . . . 
Ministère sublime, qui vous associe à l'œuvre créatrice 
et qui fait de vous les aides de Dieu . TiXche délicate, 
qui réclame toutes les lumières de la foi et toutes les 
puissances de la qrâce I 

« Tournez de bonne heure ces chères âmes du côté 
du ciel ; ouvrez-les oux salutaires infi\iences de la foi, 
et apprenez-leur à prier . . . 

« Avec la piété il faut jeter dans l'âme de l'enfant 
la semence des vertus chrétiennes, et en surveiller avec 



70 



tBÇONB DB MOHALE 



i; 

s 



•oin la germination et la croissance. Parmi ces vertu. 

I autonté. 1 obéissance prompte et affectueuse à ce« 
qu. commandent, la tempérance dans le b^re eTl^ 
manger, la charité envers le orooh.in l- • 

pour les malheureux et la pi^rd^-'alr""""" 
« A la parole joignez l'action. Saisissez avec' ioi. 
toute, les occasions qui se présentent de faire Squêr 
à vos enfants le. vertus que vous devez leur enS 

m.i"s«nt r """r*""' •''"'•"•'• «•««tra'-emefts 
p.m «nt de vos bons exemples ; puis, par des acte. 

^î^ t'Y u'*!"'."'"^ *^°°t"«='« de bonne heure la "alu! 
taire habitude de la vertu ». 

En résumé, l'éducation dans la famille doit être avant 
tout chrmenne. Le meilleur moyen pour arr ^er Ice 
but. c est le bon exemple donné par les parent"^» 

nnl!,l '', """"Pf • "O'»"»- - On entend par ma- 
iu à IV . • i"""" '""""* '"' "PPartenant. à lui 

faLiuë d'éî r" '''""/"t-'el qu'ont les pères de 
cTiîA rZf' '""'' •'"''""* '=°'"'"« "" l'entendent, 
école le dr rr," '^ '*'"" •'"'""^^ """"» -"' •«» 

rôle de l'État n' f ''" ?''""'* ""'^ '°°y«»''- I^ 
rWe de 1 Etat n est que supplétif et secondaire. Il vient 

à la rescousse des parents là où ceux-ci ne peuvent pas 

remphr leurs devoirs. Ainsi les chefs de fa^Ue d-une 

paroisse pourront faire appel à l'autorité lorsque îa 

municpahté ou eux-mêmes sont incapables de f le 1 ^ 

dépenses que nécessite la fondation d'une école. Mais! 

d'OtUw^ m.n îswr "^^'""t'I"" à» Québec, de Moniéia et 



MORALE SpiciALC 



71 



dam ce cas, riiitcrvention de l'État ne supprime pus 
le droit des parents — droit iiiali^'iiablc — elle n'est 
qu'un auxiliaire. 1/Êtat peut encore intervenir si les 
parents négligent d'accomplir leurs devoirs, et si cette 
négligence constitue un véritable danger jioii '■■ 
société. Alors l'Etat ne s'immisce pas en vertu d'.ii; 
droit direct sur l'éducation, mais en vertu du droit (|u'>l 
a de veiller au bien commun. Puisque I Imit des 
parents leur donne le pouvoir d'ouvrir dis ccolea, il 
faut encore admettre que les livres et les niiiil res doivent 
être aussi soumis à leur choix. Kt vo'i!i>ir ii.ipo.scr aux 
parents ses maîtres et ses livres, conjini l.u.- refu.ser le 
droit d'ouvrir des écoles, est donc d'- Li | ;.rt de l'ftnt 
une inju.stice criante envers les pères ik- Inuill'. 

120. L'école obligatoire. — La tli.'oi.. ,l. i'f'.,.,ie 
obligatoire .soutient que VEtnt a le droit d'inpisir .;îu 
parent» l'obligation d'envoyer leurs enfants à telle mi telle 
école de son ehoix. Qu'il suffise de dire que Vécuh obli- 
gatoire, comme le monopole scolaire, est une violution 
du droit des parents. Ceux-ci .sont tenus ù l'éduca- 
tion de leurs enfants par les moyens qu'ils jugent les 
plus convenables. Ce serait donc une injure à leur 
faire que de les forcer par des lois ou des menaces 
d'envoyer leurs fils et leurs filles a l'école choisie par 
l'État. « N'est-il pas, en e£fet, véritablement oppressif 
d'exiger par une loi que des enfants, dont l'éducation 
peut se faire au sein de leurs familles, et que de longues 
distances, des chemins fangeux, neigeux, peu pratica- 
bles, séparent peut-être des établissements scolaires, 
fréquentent néanmoins en toute régularité ces écoles ? 
N'est-il pas souverainement vexatoire que l'État, pour 
s'assurer de l'exécution de ses décrets, surveille minu- 
tieusement ces enfants, les soumette aux tracasseries 



72 



LEÇONS DE MORALE 



d un régime policier, suppute leurs années de scolarité, 
additionne leurs heures d'absence, et aille, d'un œil 
inquisiteur, surprendre jusque dans l'intimité du foyer 
domestique les raisons secrètes qui expliquent ou jus- 
tifient certains manques d'assiduité ? Ces conséquences 
fâcheuses, onéreuses, injurieuses pour un peuple libre 
sont inséparab les du système, sérieusement^îliqué de 
1 école obligatoire. "> 

IW ■ î'.'*'"*'»''"*"' obUwtolre. - Les partisans de 
UnMon obligatoire prétendent que l'État peut 
forcer le. parents à donner un minimum d'instruHion à 
leurs .n/a»/,, comme, par exemple, à leur apprendre à 
hre et a écrire. Quant à l'école, elle est laissée au 
hbre choix des père., de famille. Plusieurs auteurs 
même catholiques professent cette opinion. D'autres 
catholiques, de non moins de valeur, nient ce droit au 
pouvoir cvil. Leur manière de voir semble plus con- 
forme au principe fondamental, à savoir que Véduca- 
txondes enfants concerne les parents, lesquels y ont un 
droit naturel, strtct, inaliénable. En effet, si .■ recon- 
naît a 1 Etat le pouvoir d'obliger les pères ae famille 
a donner un minimum d'instruction à leurs enfants, 
n est-ce pas diminuer quelque peu les droits confiés 
par la nature aux parents.» Admettons, avec les meil- 
leurs théologiens contemporains, que les parents sont 
« tenus en conscience de fournir à leurs enfants, l'avan- 
tage non seulement d'une éducation religieuse, mais 
encore d une instruction profane au moins élémentaire • 
mais nous nions à l'État le droit d'intervenb à ce sujet 
par des lois pénales. Les parents sont également tenus 
en conscience de fournir à leurs enfants une nourriture 
sanie^le vêtement et le logement : cependant qui 

(1) I..-A. Paquet, ouv. cit., p. 257. 



w \ 



MORALE SPÉCIALE 



78 



voudrait en conclure que l'État a le droit de régler les 
affaires de cuisine et autres choses domestiques, de 
légiférer sur la matière et la forme des habits qui con- 
viennent aux enfants selon les différentes saisons de 
l'année. Dieu a chargé les parents d'y veiller, et ce 
n'est que dans le cas de négligence complète que l'au- 
torité extérieure peut intervenir. Ces cas exception- 
nels d'entière négligen.e en matière d'éducation ne 
peuvent se vérifier que par l'abandon de l'enfant. 
C'est alors que l'État doit entrer en scène et pourvoir 
aux besoins de l'éducation.» "> Nous devons exhorter 
les pprents à donner à leurs enfants le degré d'instruc- 
tion qu'exigent leur condition, leur milieu, les circons- 
tances. Mais c'est un devoir de charité et non de 
justice pour les parents. En justice les enfants ont 
droit de recevoir les aliments indispensables à la vie, 
et ce qui fera d'eux d'honnêtes et utiles citoyens. Or, 
pour cela, une instruction profane scolaire même élé- 
mentaire, n'est pas strictement nécessaire (117). 

122. L'école neutre. — L'école neutre est celle d'où 
est exclu tout enseignement religieux au moins déterminé 
et confessionnel. Les partisans de la neutralité scolaire 
invoquent ordinairement deux raisons qui, selon eux, 
justifient amplement leur système. L'école doit être 
neutre, disent-ils, parce que a) la religion n'a rien à 
voir dans l'éducation, b) toutes les religions sont bonnes. 
Ces deux arguments portent à faux. En effet, sans 
religion pas d'éducation véritable. « L'éducation doit, 
pour être complète, atteindre et façonner l'homme tout 
entier. Ce n'est pas assez qu'elle forme son corps et 
qu'elle infuse en son esprit les notions grammaticales, 
littéraires ou scientifiques par lesquelles s'élabore son 

(1) L.-A. Paquet, ouv. cit., p. 262. 



74 



LEÇONS DE MORALE 



avenir terrestre. S'en tenir là, c'est s'arrêter à une 
conception toute naturaliste de l'être humain et de ses 
destinées. Le naturalisme est en effet le principe de 
1 école neutre. Il fait, systématiquement, abstraction 
du surnaturel. Il dérobe aux regards de l'enfant les 
grands et sublimes horizons de la vie future. Il en- 
ferme son intelligence dans le cercle vulgaire de con- 
naissances toutes profanes ; il frappe d'anémie son 
espnt et son cœur. Ne .se préoccupant que de l'ins- 
truction utilitaire qu'il dispense, il néglige les soins lesÇ^ 
plus indispensables à la culture morale de l'âme et îtfj^ - - 
ivre le jeune homme sans lumière et sans défense à^ k . / 
la poursuite de ses instincts.» '" Et comme, d'uneΣ " il 
part, les parents ont le droit de procurer une éducationtl-- • 
complète à leurs enfants, que, d'autre part, ceux-ci ont J ( } 
droit au bonheur de l'autre vie, r.'cole neutre, parcef ' ♦ 
qu elle ne s'occupe pas de religion, lèse donc et les droitSr f • ' 
des parents et les droits des enfants. - Il est absurde'' J W 
de soutenir que toutes le« religions sont bonnes. Autant \i)^l 
vaudrait dire que Dieu accepte la vérité et l'erreur.t: * i-. 



«• 



-, — --.v.« «v.vï.pi,c lo, vciiie ce i erreur, ce 
que l'une et l'autre lui sont égales. Ajoutons que^"^ 
1 école neutre est condamnée par l'Église. 

123. La gratuité scolaire. — Comme son nom l'in- 
dique, le système de la gratuité scolaire veut qu'aucune i> 
rétribution ne soit exigée des élèves qui fréquentent"^, i 
1 école. Il y a la gratuité absolue qui n'admet pas i'.' 
d exception et la gratuité relative d'après laquelle seuls j ' '' 
les enfants pauvres sont admis à la classe sans payer. * ^ ■" 
Cette gratuité relative a toujours été mise en pratique ^1 4 
par l'Eglise. La gratuité absolue est condamnable^^ 
parce qu'en réalité elle est un mensonge. Les dépenses i î ^- 
qu'occa sionne l'entretien de l'école — dans le système ^ i, 

(1) L.-A. Paquet, ouv. cit., p. 231. I ''- 



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MORALE SPÉCIALE 



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V. 

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de la gratuité absolue — sont payées uns doute par 
l'État, mais les ressources de l'État ne sont que le fruit 
■de taxes prélevées sur la communauté. Et parce que 
les taxes atteignent^égaleipent. les pauvres comme les 
riches, 'OWe enMpSa^^ i^9SS^^ J»M''o 

IS'esl'^sÇS? -^^uX^ ' 

parents sont parfois taxés pour une école dont l'ensei- : 
^^ gnement va à l'encontre de leurs croyances. De plus, ^ 

j S r « aux yeux des parents et de leurs enfunts la gratuité ; 
t » f absolue de l'instruction en rabaisse singulièrement le ^ 
irix. Les parents, voyant l'État prendre à sa charge 
'éducation, s'en désintéressent ; leur ardeur s'émousse ; 
r • , ^""^ f*'* "* ralentit. Les enfants de leur côté, moins 
p astreints au travail et ù l'assiduité par leurs parents, 
£^^*"'v«"t plus volontiers l'instinct de leur indolence natu- 
■,^Ç^ relie et n'éprouvent aucun scrupule à faire l'école 
^î^f buissonnière.» ">f'^+^-''<»4l^»*^ ^ i.'^-Àt'A. ùm —y^jU 



h ï ' { ' absolue 

l if 1 |lrp"x. L 

^1 ,' ^!'t leur zèle 



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124. E'uni 



uniformité des livres. — En principe l'uni- ' 
jj_.formité des livres est condamnable parce qu'elle est 
j^ -^ absurde, dangereuse et tyrannique. N'est-ce pas absurde 
fL k-?"^ ^^ vouloir faire passer dans un même moule les 
intelligences les plus disparates ? Les aptitudes ne sont 
pas les mêmes, et les notions les plus élémentaires de 
padégogie prouvent que tel manuel peu satisfaisant 
pour tel genre d'élèves, devient pour d'autres un mer- 
veilleux instrument de progrès. L'uniformité des livres 
est dangereuse parce qu'elle conduit à la neutralité sco- 
laire. En effet lorsque les mêmes livres seront partout 
Lî fer obligatoires, il sera facile d'en faire accepter quelques- 
"* \ uns d'où seront bannies toutes traces de religion. Elle 
■^^, ? est encore tyrannique parce qu'elle tarit la source de 

t 1 > (1) L.-A. Paquet, ouv. cit.. p. 248. 



-f, 



76 



LEÇONS DE MORALE 



toute ambition légitime et de toute initiative privée 
Avec 1 uniformité des livres comment, de lui-i.,ême 
quelquun entreprendra-t-il de publier un manuel ^ 
L Etat 1 aceeptera-t-il ? Sinon, l'auteur n'atteindra pas 
son but : SI oui, il faudra lui soumettre le manuscrit 
avant de le faire imprimer, et partant, c'est une entrave 
à la liberté de l'écrivain. Avec semb'able système 
seule une certaine classe de gens serait favorisée au 
détnment d un grand nombre d'autres souvent beau- 
coup plus méritant. Ce serait le triomphe de la par- 
tialité et de 1 injustice. - Dans quelques arrondisse- 
ments, cependant, là où les besoins intellectuels des 
enfants sont les mêmes, avec l'assentiment des parents 
on peut accepter l'uniformité des livres. C'est un 
moyen d'éviter d'inutiles dépenses. Cette uniformité 
€st appelée relative et n'est qu' exceptionrielle. Elle 
n est et ne peut être un argument en faveur de l'unifor- 
mité absolve SI chère aux partisans de l'école neutre et 
obligatoire. '" 

125. Devoirs des enfants envers leurs parenta. - 
Les devoirs des enfants envers leurs parents sont prin- 
cipalement lobéùsance. le respect, Vamour et Vassis- 
tance Les parents représentent Dieu auprès de leurs 
enfants ils sont l'image auguste du créateur, et, pour 
ce motif ,1s ont droit à l'obéissance et au respect. 
Mais obéissance doit-elle être absolue? Oui, dans les 
_4,rem.ères années de l'enfance. Cependant, à mesure 
_aji§J^enfant grandit sa personnalité s'affi-.me et, natu- " 
_ïellement, le lien de dépendance se relâche. A....; " 
-tafin-amye- J- i l dgs r irc o nstances où l'eafaiit pe.st um 
_taaL_de se conformer à la v olonté A. ^,..^ n«,.p„,. _,' 
surtout qujpd celle-ci est en contradic,tion avec certains 

...-/'■^ ^, «w /,, -...,«,..,,, , /i 

(1) Cfr. L.-A. Paquet, ouv. cit., iJp. 257-258. 



MORALE SPÉCIALE 



77 



devoirs — par exemple, lorsqu'il s'agit de remplir un 
devoir de conscience ou de choi sir un état, rfp vm. -*. 
Tout de même cela ne l'empêche pas d'avoir de la 
déférence pour les avis de ses parents, et aucune réso- 
lution ne devra être prise qu'après une longue et 
sérieuse réflexion. Les devoirs d'amour et d'assistance 
sont amplement justifiés par les innombrables bienfaits 
que les enfants ont reçus et les sacrifices quelquefois 
héroïques que leurs parents se sont imposés. Des 
enfants bien nés gardent toujours le souvenir de leurs 
père et mère, même après leur mort. Ils mettent 
toujours en pratique les leçons qu'ils en ont reçues, 
en priant pour eux et en exécutant scrupuleusement 
leurs dernières volontés. 

126. Devoirs des enfants entre eux, devoirs des 

serviteurs et des maîtres. — Les frères et les sœurs 
doivent s'aimer, s'entr'aider et se respecter. — Les ser- 
viteurs doivent à leurs mattres respect, obéissance et 
fidélité. Eux aussi sont soumis à l'autorité paternelle, 
qui représente celle de Dieu. Leurs mattres ont donc 
droit de leur part au respect et à l'obéissance. Quant 
à la fidélité, elle est commandée par la justice même, 
puisqu'il y a contrat entre les maîtres et les serviteurs. — 
Les maîtres de leur côté doivent à leurs serviteurs un 
bon traitement et un juste salaire. Bien traiter les ser- 
viteurs c'est respecter en eux la dignité humaine, ne 
rien ordonner qui soit contraire à leur conscience, les 
laisser accomplir leurs devoirs religieux et ne pas exiger 
des travaux qui soient au-dessus de leurs forces. Le 
salaire juste est celui qui correspond aux services rendus 
et permet aux serviteurs de faire face à leurs raisonna- 
bles dépenses et de se créer une situation et un avenir 
conformes à leur condition. 



78 



LEÇONS DK MOBALE 



chez les enfants, .«_é_vit«,«t touSrwJl^r/^*' 
^euxjin sot orgueil et l'e.prit de ca^ " '"^*''' "" ^ 

t^mfl'.'' "'°1^'"»»- - I-e féminisme érige en svs 
tème 1 émancipation de la f, mme f I „^. ^ , , ^ 

rrrr • ïï: sd"™ — * 

"• i«s peines et les chagrins de la vie, 



MOBALE SPÉCIALE 



79 



elle l'encourage à les supporter. Par sa mansuétude 
et sa bonté, elle adoucit et tempère tout ce qu'il peut 
_ y avoir de violent et d'amer dans l'autorité paternelle. 
En l'année 1911, le Pape Pie X, de sainte mémoire, 
a formulé le code du vrai féminisme dans une audience 
donnée aux déléguées de la « Fédération Internationale 
des femmes catholiques ». « Mesdames, leur dit-il, 
vous avez une triple mission à remplir : une mission de 
religion par la diffusion de Védvcaiion religieuse, une 
mission de charité et une mission de sacrifice ». L'édu- 
cation des enfants, de par la loi naturelle appartient 
aux parents. Mais la formation morale, l'enseigne- 
ment de la religion, regarde plus spécialement la 
_ femme._ Qu'elle donne à la société des hommes de 
caractère, des hommes de cœur et de volonté. Pour 
remplir dignement ce rôle elle n'a pas besoin d'être en 
tout l'égale de son mari. Il lui suffit de rester à l'inté- 
rieur du foyer, et là, par ses bons exemples, de montrer 
à ses enfants le droit chemin de l'honneur et de la 
vertu. La mission de charité rentre très naturellement 
dans le rôle de la femme. Dieu lui a donné maintes 
aptitudes qui la rendent particulièrement propre à 
secourir les misères de toutes sortes. Dans les hôpi- 
taux ou sur les champs de bataille, chez elle ou en 
dehors du foyer, partout elle est l'ange de la charité. 
Elle a le don de rendre la misère supportaWe. et cela, 
de façon à ménager les susceptibilités les plus légitimes. 
C'est encore elle qui donne et fait comprendre avec le 
plus d'efficacité les salutaires leçons du sacrifice. Ses 
devoirs d'épouse et de mère lui font payer cher l'hon- 
neur dont ils la comblent. Ce sont ces sacrifices géné- 
reusement acceptés qui rendent son rôle si fécowl en 
fruits de salut pour la famille et la société. 



fin 

°" LEÇONS DE MORALE 

CHAPITRE VII 

La société nationale 

129 Déllnltion de U société nationale. - L. 

société nationale est le groupement de pluHeur, fami»^ 
qut sous un même gouvernement travaiUent au bien c^ 
m««- Avant de faire partie de la société nationiJ* «. 
«vile 1 homme est membre de la fami»e : c'est p« 
celle-ci qu il appart«înt à . . ile-là. La «ciété u^Uon^e 
se compose de de«x éléments : les familles et lautorité 
ou le gouvernement. 

130 La ta de la société MUonaK - Étant un. 

t^r'e! r:^'^"""%'''r't" "''*'''""'^ Poursdt ^ bien 
terrestre non pas le bien de tel ou tel particulier, mai. 
le bien de tous, le bien de l'ensemble, bien qu; l'on 
appelle la prospértté pnbligue. Pour arriver à ce but! 
la société doit vo» à ce gue Us droits de chacun soient 
respectes L'agglomération des familles qui composent 
la société nationale ne peut manquer de faire naître 
certaines difficultés dont la solution ressortit à 1 W 
rité. La société nationale a donc pour fin principale 
la protection des droits des citoyens et des familles. 

131. Origine de la société nationale. - Au dire 
tJjT T^ «""«««ou (philosophe français 1712- 
1778) a société est née d'un contrat librement passé 
entre les hommes. Ceux-ci. au commencement du 
monde, menaient une existence nomade, ne possédant 
nen en propre, véritables sauvages errant ici et là. 
vivant au jour le jour. Mais à cet heureux temps 
succéda bientôt une période de troubles et d'ennuîs de 
toutes sortes. Et le premier homme qui s'avisa de 
dire : ce terrain est à moi, fut la cause d'inévitables. 



MORALE HPÉCIALB 



81 



Utiges, parce que ( la terre n'e«t k personne ». Afin 
d'avoir la paix, on établit de bon gré une autorité 
chargée de régler les différends et de grouper les bommei 
ensemble. _Ç:e8t U théorie du contrcU locial. Sem- 
blable doctrine n'a guère germé que dans le cerveau de 
Jean-Jacques. La théorie du contrat social est pure- 
ment gratuite, sans preuves. Cette existence nomade 
des premiers hommes est un fait qui, pour être prouvé, 
demande des témoignages, des documents. Le philo- 
sophe français n'en apporte aucun. Mai.s ce que l'on 
doit affirmer, c'est qu'aussi loin que l'on peut remonter, 
on trouve toujouu l'homme vivant en société. Voilà 
e fait indéniable. Et, comme le dit Montesquieu (phi- 
losophe français 1689-1755), « qu'est-ce qu'un fait qui se 
reproduit partout le même, dans toutes les vicissitudes 
de la vie de l'humanité, sinon une loi de l'humanité ? » 
Vivre en société, c'est donc pour l'humanité une loi 
de sa nature. Les hommes se groupent ensemble sous 
une seule et même autorité par suite d'une tendance 
naturelle qui les y pousse. Et cela est si vrai que 
laissés à eux-mêmes, les hommes ne pourraient que 
difficilement satisfaire ce besoin si naturel de leur 
propre conservation et travailler à leur perfection. 
Ils seraient alors plus à plaindre que l'animal brute qui 
à son apparition dans le monde, est armé pour se 
défendre seul contre ses ennemis. Si de par sa nature 
1 être raisonnable n'était pas appelé à vivre en société 
comment expliquer cet amour qu'il a pour ses sem- 
blables, cette inclination toute naturelle à les secourir 
dans leurs détresses? Le langage lui-même démontre 
que 1 homme est un être essentiellement sociable. 

132. L'autorité publique. - L'autorité publique 
est h droit d obliger, de forcer les membres de la sociHé 



sa 



LEÇONS DE IIORALK 



fiahonaleà agir ou a ne pas agir de telle façon, et cela en 
tue du bten commun. L'autorité e«t euentielle à la 
•ociété. Comment ces différents groupements, d'aspi- 
rations, de goûts distincts et souvent opposés, pour- 
raient-ils tendre vers une fin commune sans ce principe 
directeur appelé autorité et dont la fonction est de 
coordonner, d'unifier tous les efforts pour arriver à un 
»eul et même but. De ce chef, l'autorité vient de 
Uieu. Etant essentielle là la société, comme celle-ci, 
elle doit avoir pour cause l'auteur de la nature. En 
effet c'est Dieu qui a fait l'homme sociable. C'est 
au.ssi Dieu qui donne immédiatement l'autorité ù celui 
qui est appelé ù gouverner par le consentement de la 
multitude. Celle-ci n'a pour rOle que de choisir ou 
désigner le sujet de l'autorité, elle ne lui confère pas 
le pouvoir. 

133. La louTeraineté du peuple. - Les partisans 
de cette théorie proclament que le peuple est le déten- 
teur légitime du pouvoir et que les gouvernants sont 
seulement ses délégués ou ses mandataires qu'il peut 
destituer à son gré. — Qui ne voit toute l'absurdité et 
tout la danger d'une semblable doctrine ? Le peuple 
serait alors et supérieur et inférieur . Il pourrait ren- 
voyer ses représentants à volonté et abroger les lois 
que ceux-ci tenteraient de faire. Ce serait le désordre 
et l'anarchie à brève échéance. Au reste l'expérience 
de chaque jour démontre que la stabilité et la prudence 
dans la conception et la direction du bien commun — 
choses absolument nécessaires au bon fonctionnement 
de la société — ne se rencontrent pas généralement dans 
la multitude et le populaire. 

134. Le suffrage universel.— Le droit de suffrage est 
le droit d'élire ceux qui sont chargés de gouverner la société. 



MOB;4'.E HPÉCIALII gg 

Ce droit doit-il #tre uniteriil, c"e«t-à-dir,. s'étendre in- 
dutinctement à tout les membres de la société ? Plu- 
sieurs répondent affirmativement. Même quelqufs-uns 
vont jusqu à dire que le droit de »uHr«Ke est conféré 
par la nature à chaque individu ; sans aller aussi loin, il 
yn a qui soutiennent que le plus grand bien de la so- 
ciété demande le suffrage de tous. Si le droit ,1e suffra- 
ge est conféré par la nature, il faut admettre que le. 
femmes et les enfanU ont aussi le droit de voter - De 
plus 11 est faux aussi de dire que le suffrage universel 
est un moyen très efficace d'as...rer la prospérité pu- 
blique Lorsqu'il s'agit du bien comu.un, comme en 
toute chose du reste, la qualUé passe avant la quantité. 
Or le suffrage universel tient ,,lutôt compte du nombre 
des électeurs que de leur valeur. H importe donc beau- 
coup que le pouvoir soit entre les mains d'une élite ■ 

«riL"'//°°* '"" ?"" " -'""'«''d'-'-- tt nomment 
arn^er à faire un cho.x judi, ieux si n mportc qui a le 
droit de donner son suffrage? L'ignorance et l'incapa- 

f^!fl "p ',T : ' ''"' "'*'"'"•' *°"J°"" >« Potage des 
foules? Un homme intelligent, droit, instruit, est sans 

nombre d autres. Le père d'une nombreuse famille 
n est-il pas plus intéressé à avoir de bons députés que 
«on voisin qui na pas ou peu d'enfants? Si l'on veut 
à tout prix le suffrage universel, qu'on le fasse inégal. 
Cette inégalité constitue le vote plural, lequel consiste 
à donner au même individu le droit à plusieurs votes, 
selon son degré de culture ou ses intérêts en jeu. Cela 
parait plus conforme à l'équité naturelle. 

f„if/' \','*** •*'" fonction.. - L'État, c'est 1'.hu- 

IZa^-pTIT ""'""'' "" ^'"P'' Au sujet du 
rôle de 1 État, il y a tnos opinions. L'État, disent les 



MICtOCOPr lESOlUTION TBI CHAUT 

(ANSI and ISO TEST CHART No. 2) 




^ APPLIED IIVHGË In, 

^^^ 1653 ta-A Moin Street 

^^^ Rochtiler, Ntw Yorh 14609 USA 

f-^g (^16) «S-oJOO-Phon. 

^S C'C) 288 -5989 -Fa» 



84 



LGÇONH DE MORALE 






uns, doit intervenir le moins possible dans les affaires 
privées. Qu'il maintienne l'ordre dans la rue, mais 
quant au reste, il n'a pas à y voir ; l'initiative de chaque 
particulier ne doit pas être entravée. C'est l'opinion 
de l'école libérale ou indindualiste. I/'école socialiate 
ou êtatùte va à l'extrême opposé. Elle enseigne que 
l'Etat doit ab.sorber l'initiative privée, il doit voir à 
tout, pour la raison que l'activité personnelle laissée 
sans contrôle devient facilement la source d'abus nom- 
breux et d'injustices criantes. Entre ces deux opinions 
trouve tout naturellement place la doctrine de 
l'école catholique. D'après celle-ci l'État doit venir 
en aide à l'initiative privée. Il a une double fonction : 
fonction de protection et fonction d'assistance. Il protège 
les droits des citoyens en leur assurant la sécurité inté- 
rieure et extérieure, il les aide à travailler à leur per- 
fectionnement intellectuel, moral et physique. Pour 
ce qui est de l'éducation le rôle de l'État est supplétif 
et accidentel. 11 peut et il doit exercer un contrôle 
répressif sur toute institution scolaire. Il doit voir, 
par exemple, à ce que les lois de l'hygiène soient obser- 
vées. Son intervention s'impose encore là où « soit 
par la corruption des maîtres, soit par le fait des élèves, 
de sérieuses atteintes portées à la morale revêtent, en 
vertu de leur publicité ou de leur dénonciation légale, 
un caractère de délit social.» '" L'État peut encore 
fonder des écoles spéciales, et là où l'insuffisance des 
familles est évidente, il peut aussi ouvrir des écoles 
techniques. Cependant, d'une façon générale, il « n'a 
pas le droit de se constituer, dans des maisons d'ins- 
truction soumises à sa régie, l'éducateur des enfants 



(1) L.-A. Paquet, ouv. cit., p. 200. 



MORALE SPÉCIALE 



86 



et des jeunes gens.» "> Ce droit n'appartient, sous la 
direction légitime de l'Église, qu'aux parents qui sont 
soit par eux-mêmes, soit par leurs délégués, les éduca- 
teurs autorisés de leurs enfants. De plus l'État ne 
peut pas, sauf d'exceptionnelles circonstances, exiger 
des futurs instituteurs et institutrices des examens et 
des diplômes officiels, ni imposer comme condition 
nécessaire de l'accès aux carrières libérales, telles que 
le barreau et la médecine, la fréquentation des écoles 
fondées ou contrôlées par lui. 

136. Les lois imposées par l'Etat, si elles sont 
justes, obligent en conscience. — Une loi est juste 
lorsqu'elle émane de l'autorité compétente qui a en 
vue le bien commun. Dans ces conditions, la loi 
humaine est une dérivation de la loi éternelle et de la 
loi naturelle qui, nous le savons, obligent en conscience. 
En effet le législateur est le représentant de Dieu. 
L'obligation d'obéir aux lois justes vient donc de Dieu, 
et c est pourquoi elle est une obligation de conscience. 
Par contre les lois injustes n'obligent pas. Cependant, 
dans certains cas, il faut obéir, et cela, pour éviter un 
plus grand mal, à moins que la loi injuste commande 
quelque chose de contraire à la loi divine, alors on ne 
doit pas se rendre à ses ordres parce qu'il faut obéir à 
Dieu plutôt qu'aux hommes. 

137. L'Etat a le droit d'infliger la peine de 
mort. — Il est dans les attributions de l'État de sauve- 
garder les intérêts de tous en faisant respecter les lois 
de la justice. 11 a donc le droit de punir les coupables. 
Sans ce pouvoir, inutile de légiférer. Or il y a des 
crimes, comme le meurtre sciemment et délibérément 



(1) L.-A. Paquet, ibid., p. 207. 



86 



LEÇONS DE MORALE 



commis, qui méritent la peine de mort. La justice en 
effet demande qu'il y ait proportion entre le dommage 
causé et le châtiment à infliger au coupable. Celui 
qui a ôté la vie à son semblable mérite qu'on lui enlève 
la sienne. — Quoi qu'en disent cartains philosophes 
plus férus de sentimemtalité que de raison, la peine de 
mort est un châtiment très salutaire. Et l'expérience 
prouve que c'est dans les pays où elle a été abolie que 
les crimes se multiplient davantage. 

138. Les différentes foroies de gouvernement. — 

Les principales formes de gouvernement sont la mo- 
narchie, l'arintocratie et la démocratie. — La monarchie 
est le gouvernement d'une seule personne. L'aristo- 
cratie est le gouvernement d'une classe privilégiée. La 
démocratie est le gouvernement de tout le peuple. Il 
y a la monarchie absolue où le gouvernement est tota- 
lement aux mains d'un seul, par exemple, d'un Louis 
XIV ; la monarchie constitutionnelle où le pouvoir du 
Souverain est limité par la constitution et partagé 
avec un Parlement élu par la nation, qui fait les lois 
et vote l'impôt. Dans la monarchie constitutionnelle, 
on dit souvent, pour exprimer une situation de fait sinon 
de droit, que « le roi règne et ne gouverne pas ». Dans 
l'aristocratie, lorsque la classe privilégiée qui gouverne 
s'est arrogé le pouvoir par intrigue, alors c'est le règne 
de l'oligarchie. Le principe de la démocratie, le plus 
souvent réalisé dans le régime républicain, c'est l'in- 
fluence populaire s'exerçant en ce double sens que le 
peuple choisit les gouvernants et qu'il peut les choisir 
en son propre sein. '" Ces trois formes de gouverne- 



il) « Ce choix, en effet, détermine la personne du souverain, il ne 
confère pas les droits de la souveraineté : ce n'est pas rautorité 
que l'on constitue, on désigne par qui elle devra être exercée.» 
Léon XIII, Encycl. Diutvrnum. Et donc, dans le régime de la 



MORALE SPÉCIALE 



87 



ment sont bonnes en elles-mêmes. ,La meilleure en 
théorie est la monarchie héréditaire -t tempérée ou 
^ constitutionnelle., La monarchie est une source de i)aix 
et de tranquillité, car, au dire de saint Thomas. « ce 
qui est un, par nature, est bien plus facilement cause 
d unité et de concorde que ce qui est multiple ». J.a 
monarchie héréditaire est préférable à la monarchie 
élective. L'élection du monarque donne souvent lieu 
aux dissensions et met la paix publique en danger. La 
monarchie tempérée l'emporte sur la monarchie abso- 
lue. Lorsque le pouvoir du roi est partaKc avec un 
Parlement élu par la nation (monarchie tempérée), le 
monarque est moins exposé à abuser de son autorité 
que lorsqu'il gouverne tout seul, sans dépendre de qui 
que ce soit (monarchie absolue). En pratique, la 
meilleure forme de gouvernement pour une nation est 
celle qui répond le mieux à sa mentalité et à ses tradi- ' 
tions. 

139. L'Etat et les associations professionnel- 
les. — L'association professionnelle est le groupement Je 
citoyen.', qui «'unissent pour défendre les intérêts (!,■ leurs 
professions ou de leurs métiers. Cette « faculté qu'a 

démocratie le peuple Mnigne ceux qui devront gouverner • il ne 
eur confère pas rautorité. Celle-ci. »ans passer par le peuple ert 

source de toute autor.lé. Que le choix de ceux qui gouvernent 
^ t fait dans certains cas par le « grand nombre », il nV TrL" en 
m^nt'de'S'xiI ''"n """= ^^"""'T^ ^''^^ eneore'l'enseigne" 
Pontife dit"^ « On „ ' '■'"''■"^- .'»""<"■"■''' Dei. le n.lme 

rontile dit . « On ne reprouve pas en so que le peuple ait sa oart 

?irL°lr'°' ^^'"^' '*''"' '"^ Kouvernemen^ .. CV-tte^ part au |o" 
vernement consiste a pouvoir choisir, même en son sein ceux oui 
gouverneront au nom de Dieu. Cfr. saint Thom^Mli Q cT 
D 3« tl „ ^'T'- ^™'r' ''."''"'=''" ^X""-. Principes Généraux.' 

M peuple : celle-ci, au point de vue catholiuue est im» fnrm- 
jtneuae, condamnable, de celle-là. _ ™"»""que. est une fornie^ 



88 



LEÇONS DE MORALE 



tout homme d'unir ses forces à celles de ses emblables, 
d'une façon constante, dans le but de réaliser une fin 
commune, licite et honnête », s'appelle droit d'associa- 
tion. Ce droit est naturel puisqu'il permet à l'homme 
d'arriver au perfectionnement que réclame la nature 
humaine. Parce que naturel, le droit d'association 
existe donc avant l'État. Cependant il a des limites. 
Ainsi une union professionnelle est-ellf i oppo.sition 
avec la probité, la justice, la sécurité pu», ique, l'Ëtat 
à qui incombe le besoin du bien commun, a alors le 
droit et le devoir de dissoudre cette assoeaition et d'em- 
pêcher la formation d'autres sociétés semblables. 
D'autre part c'est une obligation pour l'État que d'en- 
courager la fondation des associations professionnelles, 
de les favoriser et de les secourir lorsqu'elles sont con- 
formes aux lois de la morale et de la justice. 

140. Droits et devoirs des citoyens. — Les droits 
des citoyens sont de deux sortes : les droits civils et les 
droits politiques. Les premiers ont trait à la vio du 
citoyen en tant qu'iurfiridu, les autres concernent sa 
participation au gouvernement de la nation. Comme 
individu le citoyen doit jouir de sa liberté d'action dans 
des limites honnêtes, il peut aller et venir, faire ce qu'il 
lui plaît, pourvu qu'il ne lèse pas le droit des autres. 
Il a encore droit à la protection de l'État, au libre exercice 
de sa religion et à la liberté du trarail. Quant aux droits 
politiques, ils se ramènent au droit de rote, à Vcgalité 
devant la loi et à la possibilité d'accéder aux fonctions 
publiques. Les devoirs des citoyens sont Vobéiasance 
aux lois, le respect des magistrats, la contribution aux 
charges de l'Ëtat ou le paiement de Vimpôt. La répar- 
tition de l'impôt doit se faire d'après le principe de 
justice dislributive qui propoitionne les charges aux 



MORALE SPÉCIALE 80 

services rendus Ainsi le citoyen qui acquiert, possède, 
consomme dix fois plus qu'un autre, tire des services 
de l'État dix fois plus d'utilité. 11 est juste qu'en 
retour il accepte dix fois plus de charges, c'est-à-dire 
qu'il paie plus d'impôts. 

141. Le patriotisme. — Le patriotisme est l'amour 
de la patrie. L'homme n'a pas seulement des devoirs 
envers lui-même, envers le prochain, envers lu famille, 
mais il en a encore envers la patrie, cet ensemble 
d'hommes nés sur k- même territoire et unis entre eux 
par les mêmes souvenirs, les mêmes ambitions et les 
mêmes espérances. L'idée de patrie comporte donc un 
passé, un présent et un avenir communs. Elle est la 
grande famille qui a droit à l'obéissance et au respect 
de ses enfants. Ceux-ci doivent être prêts à la servir 
en toutes circonstances. Pendant la paix, ils obéiront 
aux lois, payeront l'impôt et donneront leur vote aux 
citoyens les plus capables de promouvoir le bien ma- 
tériel et moral du pays. En temps de guerre, le patrio- 
tisme impose aux citoyens le lourd honneur de défendre 
leur pays menacé, fût-ce même au prix de leur vie. 
Aussi bien, sans être les partisans de la guerre pour le 
moindre prétexte, les vrais patriotes ont en horreur ce 
pacifisme à outrance qui veut qu'en toutes circons- 
tances la nation accepte les plus honteux compromis 
plutôt que de troubler la bonne entente entre les 
peuples. — Le patriotisme d'un peuple s'alimente à 
deux sources principales : sa religion et son histoire. 
Sa religion (surtout le catholicisme) en lui apprenant 
à aimer Dieu, fortifie, éclaire son dévouement pour la 
patrie : ces deux amours vont ensemble. Son histoire, 
par les beaux exemples cu'elle lui offre est une école 
incomparable de sacrificen et de générosités. 



90 LEÇONS DE MORALE 

CHAPITRE Mil 

La société internationale 

142. La notion d'humanité. — L'humanité est 
l'ensemble de tous les hommes. Quoiqu'il y ait divers 
groupements qui constituent les différentes nationa- 
lités, cependant, les membres de ces sociétés nationales 
forment encore entre eux une société internationale que 
l'on appelle humanité. Les hommes appartiennent à 
une nationalité non pas en tant qu'hommes mais en 
tant que tels hommes. Comme tels ils ont des caractères 
qui leur sont propres, et partant, ils sont tel ou tel 
peuple. Comme hommes, ils ont des caractères com- 
muns à tous les humains. Ainsi ils ont la même 
nature, la même origine et la même fin que le reste des 
hommes. Cette triple unité, de nature, d'origine et 
de fin, forme les liens qui unissent en un seul tout l'hu- 
manité entière. 

143. Le droit international. — Le droit interna- 
tional est Vensemble des dispositions qui ont pour but 
de régler les relations des différentes nations entre elles. 
Ces dispositions comprennent les droits et les devoirs, 
tant naturels que positifs que les peuples ont les uns 
vis-à-vis des autres. Nul ne contestera l'existence du 
droit international. Les nations sont comme les indi- 
vidus, elles ont des droits et des devoirs. 

144. Les devoirs des nations entre elles. — La 

charité demande que les nations s'entr'aident, oit par 
des secours matériels, soit par de bons conseils, soit par 
l'intervention opportune de la force armée lorsque l'une 
d'elles est injustement attaquée. Le principe de la 
non-intervention est donc condamné nomme contraire 



MORALE SPÉCIALE 



91 



BU précepte de la charité qui ordonne de faire au pro- 
chain ce que l'on voudrait qu'il nous ftt. La justice 
exige que les nations respectent mutuellement leur 
droit à Vindépendance, à la consenation, à la libre 
expansion, à la propriété et à Vhonneiir national. <'> 

145. La guerre. — La guerre est « l'état de nations 
se combattant par la force, pour sauvegarder un 
droit.» '« Elle est offensive lorsqu'il y a attaque, et 
défensive quand la force est repoussée par la force. La 
légitimité de la guerre est une conséquence naturelle 
du pouvoir qu'ont les nations de conserver ou d'obtenir 
le respect de leurs droits. Pour qu'une guerre soit 
légitime il faut qu'elle soit juste, c'est-à-dire, qu'elle 
ait une cause juste, qu'elle soit déclarée par l'autorité 
compétente, et que les intentions soient droites. Avant, 
pendant et après la guerre il y a encore certaines règles 
à observer. Ainsi on ne doit pas commencer la guerre 
avant de l'avoir déclarée officiellement ; durant les 
hostilités, toute licence et tout acte de brigandage 
doivent être empêchés ; à la conclusion de la paix, les 
charges imposées devront être conformes aux lois de 
la modération, de la charité et de la justice. 

146. les différents moyens d'éviter la guerre. — 
La légitimité de la guerre ne l'empêche pas d'être un 
grand mal. Aussi est-il à souhaiter que toutes les 
nations prennent les moyens convenables pour l'éviter. 
On ".'atteindra ce but qu'en réglant à l'amiable les 
nombreuses difficultés qui naissent des relations entre 
différerts peuples. Les nations peuvent recourir à 
trois moyens principaux : la mutuelle entente, la média- 
tion et les tribunaux d'arbitrage. Le conflit se règle-t-il 

inl Ç/'i *""*?' ** Barbtdette, ouv. cit., pp. 509-510. 
{£) Iota,, p. 512. 



02 



LEÇONS OS M< --ALE 



par des négociations diplomatiques, par des commis- 
sions internationales, par des congrès ou conférences, 
alors c'est la mutuelU entente. Il y a médiation lorsque 
de sa propre initiative ou à la demande des États en 
litige, une tierce personne intervient pour résoudre le 
différend. Le rôle du médiateur n'est pas de rendre 
un jugemt lit obligatoire, mais plutôt de suggérer une 
solution équitable. En 1885 Léon XIII a été choisi 
comme médiateur par l'Allemagne et l'Espagne dans 
leur différend à propos des Iles Carolines. L'arrange- 
ment fut accepté par les deux puissances. Les tribu- 
naux d'arbitrage rendent des sentences en pilncipe 
obligatoires. La difficulté survenue en x893 entre les 
Etats-Unis et l'Angleterre au sujet de la pêche dans 
le détroit de Behring fut réglée par un tribunal d'arbi- 
trage international siégeant à Paris. 



CHAPITRE IX 



La êociété religieuse 

147. Définition de la sociéM rellgieuas. — La 

société religieuse est une assemblée d'hommes qui, sont 
une autorité commune, et par les mêmes m^^ens, rendent 
à Dieu le cuUe qui lui est dû. 

148. La société religieuse est .técessaire & l'hom- 
"*•• — De par sa nature même, l'homme est un être 
fait pour vivre en société. En compagnie de ses sem- 
blables il trouve le moyen d'arriver à sa fin naturelle. 
Mais à part ce but terrestre qu'il poursuit, l'homme a 
tout un ensemble de devoirs à remplir envers Dieu son 



MORALE SPÉCIALE 08 

c. -t son bienfaiteur. Pris isolément — ftnnt 

donné m peu de ressources et les obstacles nombreux 
qu'il re.icontre — il s'expose ù ne pas comattre Dieu 
comme il le doit, et partant, à ne pa. s'acquitter 
dignement de ses devoirs religieux. C'est j.ournuoi il 
lui est nécessaire de s'associer à ses semblables pour 
que leurs bons exemples, leur enseignement, l'aident 
efficacement A. remplir ses devoirs à l'égard de Dieu. 

149. La société rellïieus'j est supérieure à U 
société civile. — La fin que poursuit une société est 
ce qui lui donne son caractère distinctif. Ainsi une 
société est dite littéraire, comme, jiale ou de bienfaisance 
selon qu'elle tend à la formation intellectuelle de ses 
membres, au progrès di> commerce ou au soulagement 
des miséreux. Et plus la fin est noble, élevée, plus 
noble, plus élevée aussi est la société. Or la société 
religieuse a pour but de conduire l'homme au bonheur 
éternel : la fin suprême par e\cellence. Elle est donc 
supérieure à la société civile. 

150. "définition de l'ijfiûe Catholique.- L'Église 
cathohquo est une société fondée par Jéaus-Christ et 
dont tous le» hommes doivent faire partie s'ils renient se 
lauvxr. 

151. L'Cglise Catholique est une société véri- 
table, parfaite et nécessaire. — » SociHé véritable. 
L'Eglise réalise admirablement les quatre conditions 
reqmses à une société véritable : pluralité des membres, 
ce sont les fidèles ; unUé de fin, la s,- .etification des 
âmes et par là leur salut éternel ; communauté de 
moyens, la prédication, l'administration des sacrements, 
pour les chefs ; la réception des sacrements, l'obéissance 



94 



LK^ONH UK MUHALE 



aux lois, pour tous ; tinité d'aulorilé, celle du pape, vi- 
caire «le Jésus-Christ, chef visible de l'Ëglise. " Sariété 
parfaite, parco (|ue la fin ininédiate de rËxHse est un 
bien uniremel, complet en son (jcnrc. Cette fin qui est 
le bonheur éternel, tout lui est subordonné. De plus 
l'Éulise a tous les moyens nécessaii-es pour atteindre 
cette fin. " Société nicestaire, parce qu'elle est l'unique 
moyen donné aux hommes par Jésus-Christ pour faire 
leur salut. Quiconque veut se sauver doit apparte- 
nir au moins à VAme de l'Église. C'est en ce sens 
que s'explique la formule : hors Je VÊgline catholique 
point de aalut. 

152. Les pouvoiri de l'f glise. — Les pouvoirs de 
l'Ëglise se divisent en deux classes ; le pouvoir d'ordre 
et le pouvoir de juridiction. Le pouwir d'ordre est le 
pouvoir de conférer et d'administrer les sacrements ; 
le pouvoir de juridiction a pour but de donner aux fidèles 
une direction qui les rend capables de coopérer à 
l'action de la grâce conférée par les sacrements. Le 
pouvoir de juridiction ordinairement appelé pouvoir 
public ou autorité de l'Ëglise est de deux sortes : le 
pouvoir directif et le pouvoir exécutif. I/C pouvo.r 
directif trace les règles générales auxquelles les fidèles 
doivent se conformer ; si ces règles s'adressent à l'iii- 
tslligence le pouvoir directif se nomme pouvoir d'ensei- 
gnement, si elles regardent la volonté, il devient pouvoir 
législatif. Le pouvoir exécutif applique aux cas parti- 
culiers les règles tracées par le pouvoir directif. Le 
pouvoir exécutif s'appelle pouvoir de gouvernement 
(missii^n de diriger efficacement les membres vers la 
fin de la société), puuvoir d'administration (mission de 
régir, de conserver et de faire fructifier les biens de la 
société), pouvoir judiciaire (mission de résoudre avec 



MORALF, «PÉIIALK 



95 



autorité les diflférrmls et 1rs ccipIrovjTsos), , uioir 
coercitif (mission de faire extWuter pu. In for. e physique 
et In force morale les ordres éninnés du pouvoir judi- 
ciaire). 1,'Rjîlise, étant nue soiiété parfaite, possède 
tous ces pouvoirs. De plus, parce que la fin de l' ftulise 
l'emporte sur celle de la .société civile, il s'ensuit c|ue 
l'autorité relinieu.se est supérieure à l'autorité civ''.. 

153. Les droite de l'ifliie du» l'éducation. — 

L'Êgli.se de par su nature et la volonté de son divin fon- 
dateur est une 8o<'iété es.sentiellenient r: • "ignanle. C'est 
le témoignage unanime de l'histoirt pie, depuis sa 
fondation ù nos jours, l'Égli.se catholique a été fidèle ù 
l'ordre donné par Jésus-Ciirist d'aller enseigner toutes 
les nations. <■> De tout temps sa première préiMcupa- 
tiou a été la formation morale et religieuse de es 
enfants, .sans négliger pour cela l'enseignement e» 
sciences humaines. Aussi bien les droits de l'Église 
dans l'éducation peuvent être considérés au |)oint de 
vue de Vei.neignement religiei.j; et de \'en:<eigtiement 
profane. 

\. Droits de l'Église dans l'enseignement reli- 
gieux. L'Ëglue catholique .leule a le droit divin, absolu, 
eiclusif d'eti«eigner la doctrine chrétienne et de fonder, au 
besoin, des fcolea pour atteindre ce but. "' Ce droit est 
divin, il a été donné à l'Église par Jésus-Christ son fon- 
doteur ; il est absolu, il ne .souffre oucune exception, et 
l'autorité, ou domestique ou civile, ne saurait le limiter 
ou le régler selon .son bon plaisir ; il est exclusif, seule 
l'Eglise a ce droit. Lorsqu'ils en.seignent la doctrine 
religieuse, les parents et les maîtres sont ses délégués. 



(1) Cfr. L.-A. Paquet, ouv. cit. 

(2) Dub«llet, La famille, TEgUM, l'Etat dans Téducation. p. 89. 



96 



LEÇONS DE MORALE 



Ce droit s'étend aussi à l'instruction religieuse donnée 
à la jeunesse chrétienne qui fréquente les écoles soit 
publiques, soit privées. Il suit de là que l'Église a 
un droit exclusif sur les séminaires et les maisons de 
formation religieuse comme les juvénais, 'es noviciats, 
etc. Elle a aussi le droit de fonder des institutions 
scolaires — primaire, secondaire ou supérieure — dans le 
but d'instruire et de former des chrétiens. Tous ces droits 
elle les poP-' le parce qu'elle est une société parfaite. 

B. Droits de l'Église dans l'enseignement pro- 
pane. L'Église doit faire en sorte que l'enseignement 
profane ne soit pas contraire aux doctrines de la foi. 

« A cette fln les juristes chrétiens lui attribuent un 
double rôle, l'un négatif, l'autre positif. 

« I<e premier consiste dans un droit de répression et 
de contrôle sur les institutions scolaires de toutes sortes, 
sur toutes les branches de l'enseignement qui s'y donne, 
commp aussi sur tous les maîtres qui en sont chargés. 
C est une conséquence directe, nécessaire de la mission 
juridique de gardienne de la foi et de la morale dont 
l'Église a été investie.» <" 

Quant au rôle positif, il s'étend à la matière des pro- 
grammes d'éducation, au choix des maîtres et à la finalité 
des livres. 

" La matière des programmes d'éducation. « C'est 
le droit de l'Église d'exiger que les lettres et les sciences 
se subordonnent avec respect à la science religieuse, 
et que, dans cette disposition hiérarchique, l'idée de 
Dieu, des mystères de la toi, des obligations de la 
morale chrétienne, domine, pénètre et vivifie toutes les 
branches, toutes les parties, l'organisme tout entier de 
l'enseignement.» <*' 



(1) L.-A. Paquet, ouv. cit., p. 192. 

(2) L.-A. Paquet, ouv. cit., pp. 194-195. 



MORALE SPÉCIALE 



97 



" Le choix des maîtres. « En ce qui concerne le per- 
sonnel enseignant, non seulement l'Église peut, dans 
les écoles qui ne sont pas siennes, demander le renvoi 
des maîtres insuffisamment qualifiés au point de vue 
moral et religieux, mais c'est d'elle, en définitive, que 
relève le choix ou du moins l'approbation des personnes 
destinées à donner l'instruction religieuse dans les 
divers établissements scolaires, surtout s'ils sont pu- 
blics. La raison en est claire : c'est au juge et à l'in- 
terprète autorisé de la foi chrétienne de déclarer qui 
est apte à la communiquer sans danger d'errer.» " 

" La qualité des livres. L'église a le droit « bien 
plus le devoir strict de prendre connaissance des livres 
mis, dans les écoles, les collèges, les universités, aux 
maim des enfants et des jeunes gens, et de ne souffrir 
sous aucun prétexte que par des écrits dangereux, 
d'une doctrine fausse, d'une moralité suspecte, d'un 
esprit tendancieux, on corrompe insensiblement l'esprit 
et le cœur de la jeunesse. 

« Sa sollicitude exige davantage. Elle veut que les 
livres en usage dans les classes catholiques, à travers 
tous leurs textes, à travers tous leurs commentaires, 
par l'à-propos des remarques et le choix des exemples, 
exhalent comme un parfum de pureté morale et d'or- 
thodoxie religieuse.» "" 

154. Relations de l'Église et de l'État. — Les 
membres de la société religieuse et de la société civile 
sont les mêmes. C'est dire que l'Église et l'État doivent 
venir souvent en contact dans l'exercice de leurs fonc- 



(1) Ibid.. pp. 195-196. 

(2) Ibid., pp. 196-197. Léon XIII, Encyd. Afari mt, 8 déc. 1897. 



98 



LEÇONS DE MORALE 



tions. 11 faut donc que les relations de l'une vis-à-vis 
de l'autre soient bien déterminées. "> 

" L'Église et l'État sont deux sociHéa distinctes et res- 
pectivement indépendantes. L'origine, la constitution et 
la fin de ces deux sociétés ne sont pas les mêmes. 
L'Église vient de Dieu en tant qu'auteur de l'ordre 
surnaturel, l'État vient de Dieu en tant qu'auteur de 
l'orrfre naturel. La constitution de l'Église a été donnée 
immédiatement par Jésus-Christ son fondateur, celle de 
l'État est laissée à 1;. libre détermination des hommes. 
La fin de l'Église est le bonheur éternel, celle de l'État 
est le bonheur temporel. 

-> L'Église est supérieure à l'État en dignité, en impor- 
tance et en autorité. La fin de l'Église — le bonheur 
éternel de l'homme — est la plus nécessaire et la plus 
importante de toutes. L'Égli.se a donc la prééminence 
sur l'État. Bien plus, cette prééminence de l'Église 
sur l'État comporte une certaine subordination — su- 
bordination indirecte — de l'État. Tout en étant une 
société indépendante et parfaite dans son genre, l'État 
a toujours une fin inférieure à celle de l'Église. C'est 
pourquoi il doit régler .son action de manière à ne pas 
contrarier le direction de l'Église, et il est même obligé, 
le cas échéant, de prêter son concours à l'Église. La 
subordination directe est celle d'une société particulière 
dont la fin est comprise dans celle de la société générale, 
comme, par exemple, les sociétés de commerce dans 
l'État, les diocèses dans l'Église. La subordination 
directe est donc la subordination d'une société qui 
n'est pas parfaite et indépendante dans sa sphère 
particulière. 



(1) Cfr. Valton, Droit souial. pp. 153-238. 
public de l'Église, Principes Généraux, p. 224. 



h.-A. Paq\ict, nrnit 



MORALE SPÉCIALE 



99 



" Entre l'Église et l'État doit exister hh rapport 
d'union et de concorde. « Les deux puissances venant 
de la même source, d'un Dieu qui est ordre, sagesse et 
paix, tendant en définitive au même but, le bonheur de 
l'homme, il est évident qu'elles ne peuvent totalement 
s'ignorer, mais qu'un certain accord doit être la loi 
fondamentale de leurs relations.» '" Cet accord est à 
la fois négatif et positif. Il y a accord négatif lorsque 
aucune des deux sociétés ne fait rien qui puisse porter 
atteinte aux droits de l'autre. L'accord positif se 
réalise lorsque l'Église donne à l'État le concours 
de ses prières, l'appui de son autorité et de son in- 
fluence, et que l'État assure la protection légale à 
l'Église, à la liberté de son ministère et à l'exercice 
de tous ses droits. Quand il s'agit de matières mixtes, 
c'est-à-dire de matières sur lesquelles les deux puis- 
sances exercent concurremment un droit de juri- 
diction, il faut bien considéref l'ordre auquel se 
rattachent ces matières. Si ces matières regardent 
principalement l'ordre naturel, comme les questions de 
justice et de contrats, alors chacun des deux pouvoirs 
peut exercer sur elles une pleine juridiction selon les 
exigences de sa fin et l'ordre voulu par elle. Lorsque 
les matières se rattachent surtout à l'ordre surnaturel, 
comme le contrat de mariage élevé à la dignité de 
sacrement par Jésus-Christ, l'Église a seule le droit 
sur ce qui constitue ce contrat, par exemple, la déter- 
mination des conditions de sa validité, et sur les effets 
qui en sont inséparables, comme l'éducation religieuse 
des enfants. Quant aux effets civils ou temporels du 
mariage, par exemple, les successions, le pouvoir civil 



(1) Valton, ouv. cit., p. 184. 



100 



LEÇONS DE MORALE 



I I 



a le droit de s'en occuper pourvu qu'il tienne compte 
de sa subordination indirecte vis-à-vis de l' Église. 

*' Entre l'Église et l'État il ne peut y avoir une sépa- 
ration complète, absolue. Cette séparation est impos- 
sible. Comment supposer que deux sociétés s'adres- 
sant aux mêmes sujets ne se rencontrent pas un jour 
ou l'autre ? Cette séparation signifie-t-elle de la part 
de l'État un athéisme officiel, c'est-à-dire la négation 
théorique ou l'exclusion pratique de toute religion 
naturelle ou révélée, alors il faut la condamner comme 
un crime envers Dieu et un attentat à la raison. Ou 
encore, cette séparation exprime-t-elle indifférence ab- 
solue en matière de religion, ou neutralité religieuse, il 
faut encore la condamn^er parce que l'indifférence et 
la neutralité religieuses ne sont que de l'athéisme officiel 
déguisé. Que faut-il penser de la neutralité confession- 
nelle f Cette neutralité existe lorsque l'État ne fait 
alliance avec aucune religion, confession, mais leur 
accorde le droit d'exister, de s'organiser selon leurs 
propres règlements. En soi — en thèse — la neutralité 
confessionnelle est condamnable, parce que seule la 
vraie religion a le droit d'être protégée par l'État. 
Mais en hypothèse, dans la réalité des faits, et lorsque 
les circonstances l'exigent, l'État peut tolérer les faux 
cultes, pourvu toutefois qu'ils se maintiennent dans les 
limites de l'ordre et de la morale. Cependant l'État 
doit laisser à la vraie Église pleine et entière liberté 
dans l'accomplissement de sa mission et l'exercice de 
tous ses droits. 

" Entre l'Église et l'État doivent exister ; .^rfois des 
rapports concordataires. Le concordat est <( un arran- 
gement, un accord, en vertu duquel l'Église concède à 
l'État une part dans l'exercice des pouvoirs qui lui sont 



MORALE SPÉCIALE 



101 



propres, et l'État s'engage à protéger les intérêts de 
rSglise selon le mode convenu.» <" Les parties con- 
tractantes sont le Souverain Pontife, agissant comme 
pasteur de l'Ëglise universel, chef spirituel, et le chef 
de l'État, empereur, roi ou président. Le but des 
concordats est de rétablir entre l'Église et l'État les 
relations de concorde un instant interrompues. On 
ne saurait contester l'utilité des concordats. A l'Église 
ils apportent une protection légale et officielle, à l'État 
ils procurent la paix en mettant fin aux dissensions 
religieuses qui ont toujours un contrecoup douloureux 
même dans l'ordre politique. Les concordats ont pour 
objet des choses temporelles, spirituelles et mixtes. 

155. L'athéisme SOCiaL — L'État ne doit pas s'oc- 
cuper de religion, faire ses lois comme si Dieu n'existait 
pas : voilà la théorie de l'athéisme social. Qu'il suffise 
de dire que le devoir religieux est le premier de tous 
les devoirs (68). Et l'homme en entrant dans la 
société doit recevoir de la part de l'autorité aide et 
protection dans l'accomplissement de tous ses devoir» 
et surtout des plus importants (135). L'État agit 
donc contre la fin de la société lorsqu'il professe l'athé- 
isme. Au reste, comment les chefs d'un État athée 
pourraient-ils exiger obéissance de leurs sujets ? L'au- 
torité vient de Dieu, et ceux qui en sont investis com- 
mandent en son nom. 

156. Le libéralisme. — Le libéralisme proclame 
l'absolue indépendance de l'homme vis-à-vis de Dieu 
et de ceux qui exercent l'autorité. Il est radical s'il 
exclut Dieu complètement ; modéré lorsqu'il admet 



(1) ValtoB, ouv. cit., p. 211. 



102 



LEÇONS DE MORALE 



Dieu comme auteur de la nature et nie toute révélation 
et l'ordre surnaturel. — La libéralisme séparatiste admet 
l'ordre surnaturel mais rejette toute intervention de 
Dieu dans les affaires publiques. D'après ce système 
on ne doit faire de cas des lois divines que dans la vie 
privée. Il séprre l'homme public de l'homme privé. 
Selon certains séparatistes, entre l'Église et l'Étal il 
doit y avoir séparation totale, complète. La société 
civile ne doit pas s'occuper de la société religieuse, 
l'État doit faire abstraction de toute religion. C'est 
de Vaihéisme social. Le libéralisme juridique admet 
qu'entre l'Église et l'État doivent exister certaines 
relations, mais, toutefois, il soutient que l'Église n'est 
pas une société parfaite', et partant, dans les affaires 
publiques son rôle se borne tout au plus à donner 
quelques cjnsei's. Elle ne peut rien commander qui 
ait force de loi. Un autre libéralisme, appelé autrefois 
libéralisme catholique, '" enseigne que l'Église est une 
société parfaite, qu'elle a son mot à dire dans les affaires 
publiques, mais qu'en toutes circonstances, elle doit y 
aller prudemment, parfois, même souvent, faire des 
concessions, n'être pas trop exigeante et s'accommoder 
aux temps et aux mœurs. — Disons brièvement que le 
libéralisme radical et modéré sont condamnés parce 
que tous deux ils méconnaissent les droits de Dieu 
comme créateur et souverain de toutes choses (radical) 
et divin législateur (modéré). Quant au libéralisme 
séparatiste, on doit aussi le rejeter parce que, à un 
certain point de vue, il est de Vathéisme social, et 
pour cause, inadmissible (155), ou, du moins, il nie 



(1) Benoit XV défend l'emploi des expressions suivantes : libé- 
ralisme catholique, catholicisme libéral, catholicisme intégral. 



MOHALE SPECIALE 



103 



à l'Ëglise son caractère de société parfaite, c'est ce qui 
est encore faux (151). Admettons avec le libéralisme 
catholique que l'Église doit être prudente — la vraie 
prudence est une vertu — mais, pour cela, elle ne doit 
pas toujours faire des concessions et se désister petit 
à petit de tous ses droits. Le libéralisme, sous toutes 
ses formes, a été condamné par l'Église. Il a donné 
naissance aux libertés modernes dont nous parlons 
dans le numéro suivant. 

157. Les libertés modernes : liberté de cons- 
cience, liberté des cdltes, liberté d'enseignement 

et liberté de la presse. — ■' Liberté de conscience. 
C'est la faculté qu'a chacun de penser de Dieu et de la 
religion ce qu'il lui plaît et, en conséouence, de lui rendre 
vu culte ou de ne lui en rendre pas. Il est facile de voir 
que cette liberté est impie parce qu'elle nie à l'homme 
le strict devoir qui l'oblige de rendre à Dieu le culte 
qui lui est dû. Cette liberté, en certaines circonstances, 
peut être tolérée, mais jamais approuvée. Si par liberté 
de conscience on entend le devoir qu'a l'homme de suivre 
la volonté de Dieu et d'obéir à ses ordres sans que rien ne 
puisse l'empêcher, on doit l'admettre parce qu'elle est 
la vraie liberté, la liberté digne des enfants de Dieu. — 
" Liberté des cultes. La liberté des cultes proclaaie 
« qu'il est loisible à chacun de professer telle religion 
qu'il lui plaît, ou même de n'en professer aucune.» <" 
Cette doctrine conteste à Dieu, le maître souverain, le 
droit de déterminer la façon dont il veut être adoré. 
Au reste, il est absurde de croire que Dieu se contente 
indifféremment de tous les cultes opposés qui se par- 
tagent le monde. Cependant, afin d'éviter un plus 



(1) Léon XIII, Libertas prœitantiêêimum. 



104 



LEÇONS OE MORALE 



I 



grand mal, l'autorité civile peut iolértr cette liberté. — 
•> Liberté d'enteignement et de la pretse. Ces libertés 
revendiquent le droit d'exprimer tout ce que l'on veut 
par la parole, le livre ou le journal. Elles mettent donc 
sur le même pied la vérité et l'erreur, k bien et le mui. 
Or nous savons que seuls le vrai, le beau nt le bien ont le 
droit d'être propagés parce que seuls ils répondent aux 
besoins de l'intelligence et de la volonté des membres 
de la société. C'est ?e devoir de l'autorité publique 
de supprimer les journaux ou brochures qui répandent 
les doctrines mensongères, emposionnent les intelli- 
gences et corrompent les cœurs. 

158. Le pouvoir temporel des papes. — Le pa7>e 
est le chef de l' Église, son pouvoir est spirituel, il 
s'adresse aux â,.ies. Mais sa souveraineté peut-elle 
être temporelle, peut-il être roi comme les autres 
princes de ce monde ? La réponse à cette question est 
affirmative. Que le pontife romain puisse être roi 
temporel, i! n'y a rien qui répugne à cela. Le pouvoir 
peut, de sa nature, appartenir à n'importe quel homme. 
— Non seulement il ne répugne pas que le Souverain 
Pontife soit roi, mais il contient, et bien plus, dans 
l'ordre des choses actuel, il est nécessaire qu'il possède 
un domaine temporel. Est-il convenable que la pre- 
mière auto.'ité du monde soit inférieure aux autres 
pouvoirs qui en réalité lui sont soumis ? Or le pape 
dépouillé de ses biens terrestres se trouve dans un état 
d'infériorité vis-à-vis des autres puissances. De plus, 
pour que le Saint Père puisse communiquer librement 
avec ses sujets, il est nécessaire — suivant le cours 
c -dînaire des choses — qu'il soit roi temporel. Autrement 
— et c'est le cas aujourd'hui — il se trouve à la merci du 
gouvernement de l'État où il réside. Que cet État 



MORALE SPÉCIALE 



105 



soit en guerre, du coup l'action du pape se trouve para- 
lysée sinon complètement empêchée. D'aiiîeurs, le 
droit des papes à la souveraineté temporelle ne se dis- 
cute pas. Aussi bien chaque fois que l'occasion s'en 
présente, ils protestent hautement contre la spoliation 
dont le Saint-Siège a été la victime. <" 



(1) Cfi. L.-A. Paquet, Droit Public de l'ÉgliK, L'OrginiotioD 
Beligieuw t le Pouvoir Civil, pp. 61-63. 



Fin de la Deuxième Fabtie 



TABLE DES MATIÈRES 



INTIiODLCTlON 

Nos PAOEB 

1. Défii.ition de la morale 1 

2. La morale est une icienee pratique 1 

3. Objet de la morale 1 

4. Ce que l'un entend par mœurs 2 

5. Utilité de la morale 2 

6. Divisions de la morale 4 



PREMIÈRE PARTIE 

MORALE GÉNÉRAL£ 
7. Divisions de la morale générale 5 

CHAPITRE PREMIER 

La fin des actes humains 

S. Acte humain, acte de Thomme 6 

9. Définition et divisions de la fin 6 

10. La fin, c'est le bien 6 

11. Différentes manières de tendre vers une fin 6 

12. Les actes humains sont ordonnés à une fin 7 

13. La fin des actes humains est objectivement et subjective- 

ment ultime 7 

14. La fin ultime objective de chaque homme est unique. ... 8 

15. La fin ultime objective est la même pour tous les hommes. 



108 



LEÇONS DE MORALB 



Nos 

IG. 

17. 
18. 
19. 



rAon 
La Sn ultime lubjcctivs varie avec ■«• appréciatiou de 

chacun g 

La ta ultime objective eit le bonheur g 

Dieu Kul eit le vrai bonheur de l'homme g 

La fin ultime de t'homroe dam l'ordre actuel eet une fin 

•urnati'nlle jp 



CHAPITRE II 

La Un morale 

20. Définition de la loi morale n 

21. La loi iternelle. ]a loi naturelle H 

22. Eiiitence dr la loi éternelle et de la loi naturelle 12 

2o. Lei propriétés de la loi naturelle 12 

2i. Obligation de la loi naturelle 13 

2JS. Sanction de la Ici naturelle 18 

26. La loi poaitive divine et humaine 14 

27. La loi poiiti \ ■> divine est nécessaire 1 l'homme 14 

28. Ixirsqu'elle es- juste et possible, la loi positive humaine 

impose obligiition 14 



CHAPITRE III 

La corueienee moraie 

29. Définition de la conscience morale 15 

30. La conscience vraie, la conscience fausse, la conscience 

droite 18 

31. La conscience certaine, la conscience douteuse, la cons- 

cience probable 18 

32. La force obligatoire de la conscience morale 17 

33. Pour agir honnêtement il faut une conscience certaine. . . 17 

34. Pour agir honnétenent il suffit que la conscience soit 

certaine d'une certitude morale 17 



TABLE DES MATliREM 



109 



a 
11 

12 
13 
13 
13 
14 
U 

M 



No« rÀSu 
3d. Noua lommet obligés de suivra 1« ron->c'ienco vnic et cer- 
taine 18 

30. La coDicience invinciblement erronée impose obligation 
lorsqu'elle commande ou défend, lorsqu'elle conseille, 
il est permis de la suivre 8 

37. Il n'est pas permis de suivre les conseils de la conscience 

vinciblement erronée, quant A ses commandements ou 
ses défenses, il faut en tenir compte 10 

38. Lorsqu'il s'agit de la fin ultime ou d'un danger à éviter 

absolument, il faut suivre l'opinion la plus sftre 10 

SO. Lorsqu'il s'agit de savoir si tel acte est permis ou non, 
on peut suivre une opinion solidement probable et 
laisser de cAté l'opinion plus certaine 20 



CHAPITRE IV 

Le volontaire 

40. , ^finition du volontaire 21 

41. Le spontané, le voulu, le libre 21 

42. Le volontaire libre, le volontaire nécessaire 21 

43. L'involontaire, le non--'alontaire 21 

44. Influences de l'ignorance sur le volantai<^ 22 

45. Influences des habitude? sur le voiontaire 23 

46. Influences des passions sur le volontaire 23 

47. Influences de la violence sur le volontaire 24 



15 

16 

16 
17 
17 

17 



CHAPITRE V 

La moralité 

48. Définition de la moralité 24 

40. Moralité objective, moralité subjectiv 24 

50. Certains objets recherchés par notre volonté sont de leur 

nature moralement bons ou moralement mauvais 25 



110 



LEÇONS DE MORALE 



NOB 
51. 



62. 

63. 
64. 
66. 
66. 

67. 
58. 



PAOBS 

La distinction entre le bien et le mal est fondée sur la 
raison humaine d'une façon prochaine et sur Tesseace 

divihe d'une façon éloignée 26 

Les faux systèmes au sujet du fondement de la distinc- 
tion entre le bien et le mal 26 

Les sources de la moralité objective 27 

Imputabilité et responsabilité 28 

Mérite et démérite 28 

La vertu et le vice 29 

Les vertus cardinales 29 

L'acte vertueux réside dans un juste milieu 29 



DEUXIÈME PARTIE 

MORALE SPÉCIALE 

69. DéBnition de la morale spéciale 31 

60. Divisirns de la morale spéciale 31 



CHAPITRE PREMIER 

Le droit et le devoir 

61. Définition du droit 32 

62. La source du droit 32 

63. L'inviolabilité, la coercition, la limitation et le conflit du 

droit 33 

64. Différentes espèces de droit 34 

65. Définition du devoir 34 

66. Divisions des devoirs 34 

67. Les droits et les devoirs sont corrélatifs 35 



TABLE DES UATIÈBES 



111 



CHAPITRE II 
Les devoir» de Vkonim* envers Dieu 



Nos 
68. 



70. 
71. 
72. 
73. 
74. 
76. 
76. 
77. 

78. 
79. 
80. 

81. 



PAGES 

Le devoir religieux est le premier devoir de l'homme 36 

Le devoir religieux a un triple objet : connaître, aimer et 

servir Dieu 3g 

L'homme doit connaître Dieu 3g 

L'homme doit aimer Dieu 37 

L'homme doit servir Dieu 37 

Le culte intérieur et extérieur 37 

Les actes du culte intérieur 3g 

Les actes du culte extérieur 38 

Les actes opposés au culte de Dieu 38 

Le culte de Dieu est prescrit à l'homme par le droit natu- 

«' 39 

La religion 39 

Religion naturelle, religion surnaturelle 39 

La révélation est moralement nécessaire pour la religion 

naturelle 39 

La révélation est absolument nécessaire pour la religion 

surnaturelle 4(j 



82. 
83. 



84. 
85. 



87. 
88. 



90. 



CHAPITRE III 

Les devoirs de l'homme envers lui-même 

Dans quel sens l'homme a des devoirs envers lui-même. . 40 
Les devoirs de l'homme envers lui-même sont négatifs et 

positifs ^1 

Les devoirs relatifs au corps et à l'ime 41 

Le suicide est défendu 42 

Futilité des motifs invoqués en faveur du suicide 42 

Il y a des circonstances où il est permis d'exposer sa vie . 43 

L'alcoolisme aa 

Les désordres des sens 45 

L'hygiène et la tempérance aq 



112 



LEÇONS DE MOBALE 



No» PaOM 

91. Les devoirs envers l'intelUgence 46 

02. Les devoirs envers la volonté 47 



CHAPITRE IV 

Le» devoirs de Vhomme envers se» semblrhh» 

93. Les devoirs de justice et les devoirs de charité 47 

94. Tous les devoirs de charité sont fondés sur l'amour du 

proch 'n 48 

95. Les phucipaux devoirs jde charité 49 

96. Les devoirs de justice 49 

97. L'homicide est défendu 49 

98. Le cas de légitime défense 50 

99. Le duel est défendu 51 

100. Le duel judiciaire, le duel public 52 

101. Aucune raison ne légitime le duel 62 

102. Devoirs à l'égard de l'intelligence et de la volonté du pro- 

chain 64 

103. Respect de l'honneur du prochain 54 

104. Respect de la liberté du prochain 65 

105. Respect de la propriété du prochain 56 

106. Les adversaires du droit de propriété 57 

107. La question sociale 69 



CHAPITRE V 

La société familiale 

108. Définition de la société 60 

109. Différentes espèces de société 61 

110. La famille 61 

111. Importance de la famille 61 

112. Le mariage est le fondement de ta famille 63 

113. Indissolubilité du mariage 63 



TABLE DES MATIÂRES 



lia 



Nos PAO» 

314. Futilité des raisons invoquées en faveur du divorce 66 

116. Le mariage et le pouvoir civil 50 

116. Les devoirs des époux 66 



CHAPITRE VI 

La société familiale (auite) 

117. Devr* - des parents envers leurs enfants 67 

118. L*é^ .tion dans la famille 68 

119. Le monopole scolaire 70 

120. L'école obligatoire 71 

121. L'instruction obligatoire 72 

122. L'école neutre 73 

123. La gratuité scolaire 74 

124. L'uniformité des livres 76 

125. Devoirs des enfants envers leurs parents 76 

126. Devoirs des enfants entre eux, devoirs des serviteurs et 

des mattres 77 

127. L'esprit de famille 78 

128. Le féminisme 73 



CHAPITRE VÏI 

La aociété nationale 



129. Définition de la société nationale 80 

130. La fin de la société nationale 80 

131. Origine de la société nationale 80 

132. L'autorité publique gl 

133. La souveraineté du peuple 82 

134. Le suffrage universel 82 

135. L'État et ses fonctions 83 

136. Les lois imposées par l'État, si elles sont justes, obligent 

en conscience 86 



114 



LEÇONS DE MORALE 



Nm PAon 

137. L*Êtat a le droit d'infliger la peiae de mort 85 

138. Les différentes formes de gouvernement 86 

130. L*£tat et les associations professionnelles 87 

140. Droits et devoirs des citoyens 88 

141. Le patriotisme 80 



CHAPITRE VIII 

La société internaiionale 

142. La notion d'humanité. .* 00 

143. Le droit international 00 

144. L'îs devoirs des nations entre elles 00 

145. Lu guerre 01 

146. Les différents moyens d'éviter la guerre 01 



CHAPITRE IX 



La toeiété religieute 

147. Définition de la société religieuse 02 

148. La société religieuse est nécessaire i l'homme 02 

149. La société religieuse est supérieure à la société civile 03 

150. Définition de l'Eglise Catholique 03 

151. L'Eglise Catholique est une société véritable, parfaite et 

nécessaire 03 

162. Les pouvoirs de l'Eglise 04 

153. Les droits de l'Eglise dans l'éducation OS 

154. Relations de l'Eglise et de l'État 07 

155. L'athéisme social 101 

166. Le libéralisme 101 

157. Les libertés modernes : liberté de conscience, liberté des 

cultes, liberté d'enseignement et liberté de la presse. . . 103 

168. Le pouvoir temporel des papes 104